Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/192

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L’abondance est faite pour augmenter les richesses de l’homme déjà riche, & les malheureux sont toujours malheureux. Que l’homme riche profite donc du produit de ces jours heureux pour réparer ses bâtimens, renouveler les instrumens destinés à la culture ; qu’il échange ses animaux hors d’âge, contre d’autres plus forts, plus jeunes & plus vigoureux ; en un mot, qu’il soit en avance sur tous les objets quelconques. Du surplus, il peut augmenter un peu son bien-être ; mais qu’il se défende de ces superfluités enfantées par le luxe & par la mollesse. Ces superfluités créent des besoins imaginaires, & il est impossible de fixer le terme jusqu’où elles étendront par la suite leur multiplicité & leur tyrannique empire.


ABORNER. (Voyez borne.)


ABOUGRI. (Voyez rabougri.)


ABOUTIR. Les jardiniers ont emprunté de la Chirurgie beaucoup de termes & de comparaisons. Le Chirurgien dit qu’une tumeur qui doit dégénérer en abcès & venir en suppuration, aboutit lors qu’elle perce en dehors ; & le jardinier dit que ses arbres fruitiers aboutissent lorsqu’ils sont boutonnés, & lorsque la séve s’est portée au bout des branches, comme le pus sous l’épiderme.


ABREUVER un animal, c’est le mener à l’abreuvoir (Voyez ce mot) pour le faire boire à l’auge ou seau dans l’écurie. Pour peu que le propriétaire soit attaché aux animaux de ses domaines, il doit veiller avec l’attention la plus scrupuleuse, à ce que tous les vaisseaux consacrés à leurs usages soient tenus dans la plus grande propreté ; il seroit très-prudent d’en faire au moins chaque mois une revue générale, & de réprimander vertement le valet chargé de ce soin, s’il découvre quelque négligence de sa part. La malpropreté habituelle est en partie une des plus fortes causes des maladies des animaux.


Abreuver un pré, ou l’arroser par immersion, est synonyme. On dit encore abreuver un jardin par irrigation ; (Voyez ce mot) les détails sur l’irrigation des jardins seroient ici déplacés. Cette opération suppose qu’on a une suffisante quantité d’eau à sa disposition ou dans des réservoirs pratiqués tout exprès, ou par le voisinage d’un ruisseau dont on rehausse la surface par le moyen d’un ou de plusieurs batardeaux. Ces inondations n’ont lieu que dans l’été, & il est très-important de ne pas laisser les prés surchargés d’eau plus de tems que le besoin l’exige. L’heure la plus propice pour conduire l’eau, est à l’entrée de la nuit. Pendant le jour, la terre trop échauffée par l’ardeur du soleil, ainsi que les plantes, souffriroient de la variation trop marquée de la température de l’eau du ruisseau, qui pendant l’été est entretenu par l’écoulement des sources dont l’eau n’est pas à la même température que celle de l’air de l’atmosphère, ni par conséquent à celle des plantes.

Les batardeaux doivent être construits & enlevés avec la même facilité. La manière de les exécuter, la plus simple & la moins coûteuse,