Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/525

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à l’arbre. Entre le bois du cerceau & l’écorce de la branche, placez un morceau de toile à plusieurs doubles, & encore mieux un morceau de vieux chapeau. Placez également du vieux chapeau sur la partie extérieure de la branche sur laquelle doit porter le lien, & le lien doit être d’une peau quelconque susceptible d’extension. L’osier supplée la peau assez imparfaitement, parce qu’il n’est pas susceptible d’extension. Enfin, ne serrez le lien qu’autant qu’il est nécessaire pour maintenir la branche sur son cerceau, & non pour gêner la circulation de la sève, pour endommager l’écorce, & former le bourrelet. Proportionnez ensuite le raccourcissement des branches à leur force, & autant qu’il est possible, à la même hauteur. Voilà pour la première année après celle de la plantation.

Au lieu d’attacher & de faire supporter le cerceau aux branches, il vaudroit mieux enfoncer des piquets en terre, y attacher le cerceau d’une manière invariable, & ensuite les branches aux cerceaux. Par ce moyen on donne aux branches le pli que l’on veut ; au lieu qu’en suivant la première manière, la branche la plus forte tire toujours vers elle la branche la plus foible, & souvent l’arbre se porte tout d’un côté.

À la seconde année, chaque bouton des branches formera autant de bourgeon. Lorsque le tems de la taille sera venu, ne laissez que deux branches bien nourries sur chaque branche-mère, de manière qu’elles forment l’Y, & supprimez celle du milieu qui fournissoit auparavant le canal direct de la sève. Alors les deux branches de l’Y ne sont plus sur la ligne perpendiculaire, elles commencent à être sur la ligne oblique ; & par les tailles des années suivantes, elles y seront tout-à-fait.

Quelle longueur doit-on laisser aux deux branches ou bourgeons de l’Y ? il n’est pas possible de le prescrire ; cela dépend de la nature du bois, & de l’espèce de l’arbre. C’est au jardinier prudent à le ménager. La virgouleuse, par exemple, qui pousse beaucoup en bois fort & vigoureux, exige une taille plus longue que la verte-longue ou ronde, panachée ou Culotte de suisse, qui donne des bourgeons foibles, & beaucoup de brindilles, de boutons à fruit, &c. (Voyez ces mots)

Le premier avantage de ces branches en Y est, comme je l’ai dit, de commencer à diminuer le canal direct ou ligne perpendiculaire de la sève. Le second est la facilité qu’elle offre d’évaser l’arbre à volonté, & de nettoyer son intérieur de toutes les branches qui feroient confusion, & intercepteroient le courant d’air dans cet intérieur.

À la troisième taille, suivez la même méthode que pour la seconde, & ainsi de suite ; mais observez de détacher toutes les ligatures qui tiennent le premier cerceau & le second, 1°. afin que les branches, en grossissant, ne soient point trop étranglées, trop serrées ; 2°. pour donner une courbure, une direction plus naturelle aux branches, si la première a été un peu forcée, & corriger chaque