Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/374

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même ; quelques pieds des plus beaux, choisis entre les plançons endommagés, furent plantés dans divers coins des champ ; qui environnoient mon domicile, ils n’ont jamais prospéré autant que les premiers. Deux circonstances ont servi sans doute à établir cette différence. La terre du champ n’étoit pas aussi bonne que celle de mon jardin, & la plante se ressentit jusqu’à la fin, de la maladie de sa première jeunesse. Quoi qu’il en soit, mes feuilles desséchées restèrent gluantes : je leur fis une sauce dont je les aspergeai avant de les lier en corde, d’après la manipulation que j’avois étudiée dans la manufacture de la ville de Cette, & j’eus du tabac très-parfumé & bien gras. Les feuilles des plantes cultivées dans mes champs furent inférieures pour la qualité, quoique traitées avec la même sauce.

J’estime que ceux qui voudront se livrer à cette culture en Provence & en Languedoc, doivent, 1°. donner aux semis les mêmes attentions qu’à ceux des aubergines, (consultez ce mot) & que ces soins sont suffisans ; 2°. que les champs destinés aux plantations, demandent à être travaillés comme ceux destinés aux fromens, ainsi qu’il a déjà été dit ; 3°. largement fumés avant l’hiver & non après, crainte que la chaleur, & sur-tout les sécheresses trop habituelles dans ces climats, ne le rendît plus nuisible qu’utile ; 4°. que la transplantation doit être faite, autant qu’il sera possible, dans la fin de mars ou au commencement d’avril, & par un jour pluvieux, afin d’assurer la reprise de la plante. On sait que passé ces époques, le ciel y devient d’airain, que si par hasard, il pleut dans le pays, c’est par orage. La replantation me paroît le point critique de l’opération dans ces deux provinces.

Qu’il me soit permis de hasarder quelques idées sur une culture qui deviendra si nouvelle pour la France. Je crois que dans les provinces du midi on pourroit à la rigueur semer le tabac à la volée & très-clair, sur un champ parfaitement divisé, & on passeroit ensuite la herse à plusieurs reprises différentes ; ce qui éviteroit le très-long travail de la replantation : on semeroit à la fin de février ou au commencement de mars. Voilà une première économie. Comme la graine germera très-bien, & par conséquent les plançons seront très-épais, il faudra sarcler souvent, soit pour détruire les mauvaises herbes, soit pour détruire les plançons surnuméraires. Ces herbes laissées sur le sol y produiront un double effet, 1°. de s’opposer à la trop forte évaporation de l’humidité du sol : 2°. de devenir ensuite un bon engrais par leur décomposition, & qui rendra à la terre plus de principes qu’elle ne lui en aura fournis. (Consultez le mot amendement) Ainsi à force de sarclages, travail des femmes & des enfans, on parviendroit successivement à ne laisser sur le champ que le nombre de plantes nécessaires, éloignées de trois pieds les unes des autres : c’est une méthode à essayer.

Les expériences que j’avois jadis faites à Lyon, eurent lieu dans des pots à fleur, & ne prouvent rien pour la culture en grand. Elles n’ont servi qu’à me démontrer que la qualité des feuilles réduites en carotte, étoit supérieure au tabac fait avec des feuilles de tabac, de Flandres &