Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/410

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& qui sert à prendre cet animal. La taupe se nourrit de vers, d’insectes, de racines de certaines plantes, & en particulier des oignons de colchique. Il est très-facile de détruire les taupes, si on les poursuit avec persévérance. Elles aiment les terreins forts & sans pierre ; leurs galeries s’y conservent pendant plusieurs années ; les cailloux, les pierres s’opposent aux fouilles de l’animal & dérangent leurs directions. C’est toujours la faute d’un propriétaire ou d’un jardinier, si ses prairies, ses champs ou son jardin sont infectés de taupes. L’animal a beau être fin, avoir le sens de l’ouie très-délicat, il est facile de le détruire, même sans se servir de taupière. Le premier soin est d’affaisser toutes les monticules qui s’élèvent au-dessus du niveau du sol. Ces monticules sont autant de soupireaux qui laissent introduire l’air atmosphérique dans les galeries. Incommodé par la privation de l’air, il rétablira ces soupireaux à trois époques bien marquées, au soleil levant, au coup du midi, & vers le soleil couchant. On examine de quel côté il pousse la terre en dehors, & avec une bêche, (consultez ce mot) ou avec une large pèle ferrée, on l’enfonce profondément & avec prestesse du côté opposé à celui où est jetée la terre ; enfin avec la même prestesse on enlève toute la terre, la taupe s’y trouve prise, & on la tue. Il ne faut qu’un peu d’habitude. J’ai vu des jardiniers si experts, qu’ils parioient d’en prendre douze de suite sans en manquer une. Le fait confirmoit leur dire. Lorsqu’on a manqué l’animal, on abat de nouveau tous les monticules, on en piétine la terre, & la taupe est forcée de recommencer son travail. C’est sur-tout dans les premiers jours du printemps qu’il est essentiel de commencer la chasse, parce que la taupe met bas de bonne heure, & elle renouvelle souvent ses pontes. Pendant les belles nuits de l’été elle sort quelquefois de ses souterrains. Elle est accompagnée de ses petits, & elle joue avec eux ; mais au moindre bruit toute la famille rentre sous terre. Plusieurs papiers publics ont annoncé dans le temps un moyen de détruire les taupes. On l’annonçoit, suivant la coutume, comme excellent. Faites bouillir des noix dans de la lessive ; mettez ces noix dans les trous. L’animal les mangera, & périra. On en met quatre ou cinq dans chaque trou. J’ai éprouvé cette recette à plusieurs reprises différentes, & dans différentes saisons, toujours sans succès.

La taupière simple est un morceau de bois de douze à dix-huit pouces de longueur, d’un diamètre un peu plus large que l’est communément celui de la galerie par où passe la taupe ; ce morceau de bois est creusé sur presque toute sa longueur ; la partie qui ne l’est pas, empêche la taupe de sortir. L’autre extrémité est garnie d’une petite proéminence en bois qui règne tout autour. Derrière cette proéminence ou bourrelet d’une à deux lignes de hauteur, on cloue par la partie supérieure une soupape en cuir, juste, de la largeur du creux du bois, de manière qu’elle peut être soulevée de dehors endedans, & non pas de dedans en dehors. Cette espèce d’étui une fois préparé, on enlève, suivant sa longueur, la terre qui recouvre la galerie formée par la taupe ; on le place dans cette galerie, & on le recouvre de terre. L’animal vient, soulève la