Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/61

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compose pas aisément, (consultez, ce mot) quelle que soit leur couleur, sont peu productifs, parce qu’ils sont friables & sans liens, sans consistance, souvent à une très-grande profondeur. C’est précisément la cause de leur infertilité, parce qu’ils ne retiennent point assez les eaux pluviales, qui agissent dans de tels sables comme à travers un filtre ; sans parler de la quantité d’humidité attirée par la chaleur, que ces sables laissent évaporer par leur superficie. Malgré ces mauvaises qualités, je préférerois, pour le commencement de l’opération, un semblable terrain à la craie pure & en banc ; il en coûtera beaucoup moins pour lui donner une certaine valeur ; mais la craie, une fois défoncée & déliée à la profondeur de douze à quinze pouces, l’emportera de beaucoup en valeur, par ses produits, sur ceux du sol sablonneux, tel qu’on le suppose. À force de labourer, de semer & d’ajouter des engrais, la ténacité de la première peut être rompue ; mais on ne peut réellement donner du corps à ces sables que par le transport des terres compactes, ce qui devient très-dispendieux, & le plus souvent au-dessus des forces du cultivateur. J’aimerois beaucoup mieux semer dans ces sables le pin maritime ou pin de Bordeaux, (consultez ce mot) qui y réussiroit à merveille. On auroit au moins des échalats pour les vignes, du bois de chauffage, &, à la longue, des pièces propres à la charpente. Le bois de Sainte-Lucie, les cerisiers sauvages y croîtront passablement ; mais enfin, si le cultivateur désire en retirer du fourrage, il doit considérer, avant de faire aucune dépense, que l’esparcette y réussira mal, y sera calcinée dans les provinces du midi du royaume, & que ce ne sera qu’autant que la saison sera pluvieuse, qu’elle donnera de fourrage dans celles du centre & du nord du royaume.

Il est inutile de sillonner aussi profondément les terrains sablonneux que les crayeux, puisque les premiers pèchent par le manque de compacité, & que le but des labours est de diviser les molécules de la terre. On se contentera au contraire de labourer légèrement, & de semer peu épais, afin que chaque plante trouve dans ce sol de quoi vivre. Si le cultivateur est à même de donner des engrais, qu’il les répande avant de tracer le premier sillon, & les enterre exactement, afin que la chaleur & le soleil ne fassent pas évaporer leurs principes. Les engrais terreux sont à préférer à tous les autres ; si on ne les répand qu’au moment de semer, suivant la coutume de plusieurs cantons, il est à craindre, dans le cas où il surviendroit une sécheresse & une forte chaleur, qu’ils ne soient plus nuisibles que profitables, sur-tout s’ils ne sont pas très-consommés. S’ils sont à ce point, il vaut mieux en couvrir le champ avant de donner le dernier labour. Le cultivateur intelligent profitera des jours de gelée pour le charroi des engrais. Le bétail a moins de peine, & il peut traîner une plus forte charretée, ou de terre, ou de fumier. Le temps de semer est à la fin de l’hiver, en février, mars ou avril, suivant le climat, en un mot, lorsque le retour de la belle saison est assuré. Le produit d’un tel terrain ne sera jamais brillant ; malgré cela, il deviendra très-précieux dans une métairie où le fourrage manque, & où