Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/60

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

cette graine, & être assuré de sa bonne qualité, sans quoi on court les risques de perdre une année.

On objectera sans doute que cette première culture occasionne beaucoup de travaux, & par conséquent beaucoup de dépense. Je réponds, un bon agriculteur calcule & dit, voilà un mauvais terrain, un champ crayeux, dont le produit est nul ou presque nul. Je manque de fourrages pour nourrir mes bestiaux, & ils sont très-chers dans le canton ; ainsi la première mise en travaux me reviendra à telle somme : actuellement quel sera le produit en sainfoin ? Quand même ce produit ne seroit pas égal, pendant la première année, à l’intérêt de la mise en avant pour les travaux, ce qui est impossible, il faudra calculer la valeur d’un champ qui sera à l’avenir susceptible de porter de bonnes récoltes en grains. C’est donc une acquisition réelle que l’on fait, plutôt qu’une simple bonification. (Consultez ce qui a été dit sur ce sujet à l’article Craie.)

Dans plusieurs cantons, après les travaux indiqués ci-dessus, on sème en septembre ou au commencement d’octobre le sainfoin avec les blés. Cette méthode seroit admissible jusqu’à un certain point dans les provinces méridionales du royaume, & l’expérience a prouvé qu’elle est très-casuelle dans celles du nord. D’ailleurs on doit être bien convaincu que les racines chevelues des plantes graminées absorberont une grande partie du peu de terre végétale qui se trouve dans la couche supérieure du terrain, & que cette soustraction nuira ensuite a la bonne végétation de l’esparcette. Le sol est supposé déja assez pauvre en principes, pour ne pas laisser dérober dans ce cas, par des plantes parasites, une partie de ceux qu’il renferme.

Il est constant qu’après les travaux préparatoires dont on a parlé, la récolte de seigle sera belle ; mais c’est précisément en raison de sa beauté que l’esparcette en souffrira. Les racines & le chaume qu’on laissera après avoir coupé le seigle, ne suffiront pas pour rendre au sol la portion d’humus ou terre végétale absorbée par le seigle ; ainsi, de quelque manière que l’on considère ce mélange de plantes, il est nuisible dans la supposition d’un sol crayeux ou d’un terrain médiocre ou mauvais, & surtout encore si l’on n’a pas d’engrais à répandre sur le champ de sainfoin avant les semailles. Dans de tels cantons les engrais sont très-rares, puisque les bestiaux ne sauroient y trouver un fourrage proportionné à leurs besoins.

Tous les pays ne ressemblent pas à la Champagne pouilleuse, dont le banc de craie commence à Sainte-Seine en Bourgogne & finit en Angleterre au cap Lézard ; (consultez le mot Agriculture, au chapitre des Bassins) mais les dépôts d’un sable presque aride ont en France encore plus d’étendue : dans le premier cas, il faut diviser les terres, leur faire perdre leur compacité ; & dans le second, il s’agit de leur en donner ; l’un & l’autre nécessitent à des grandes opérations. L’agriculteur le plus sage est celui qui ne précipite rien, qui agit d’après ses moyens, qui fait peu à la fois, mais bien… Le sainfoin vient ici à son secours comme dans le premier cas.

Ces terrains trop sablonneux, composés par un sable qui ne se dé-