Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/100

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de traîneurs et de maraudeurs : ils étoient enragés de se voir trompés dans leur espérance. On ne put jamais tirer aucune sorte de secours des peuples de Provence pour disputer le passage du Var à l’arrivée de M. de Savoie. Ils refusèrent argent, vivres, milices, et dirent tout haut qu’il ne leur importoit à qui ils fussent, et que M. de Savoie, quoi qu’il fît, ne pouvoit les tourmenter plus qu’ils l’étoient.

Ce prince qui en fut averti répandit partout des placards, par lesquels il marquoit qu’il venoit comme ami les délivrer d’esclavage ; qu’il ne vouloit ni contributions trop fortes ni de vivres même qu’en payant ; que c’étoit à eux à répondre par leur bonne volonté à la sienne, et par leur courage à secouer le joug. Il tint exactement parole pendant tout le mois qu’il fut en Provence ; mais Fréjus pourtant fut bel et bien pillé, malgré tous les bons traitements faits à l’évêque, à qui tout ce qu’il avoit à la ville ou à la campagne fut soigneusement conservé : il falloit bien le payer de son Te Deum. En retournant, et même du moment qu’ils commencèrent à rembarquer, le besoin d’attirer les peuples cessant, la politique et le sage traitement cessa aussi. Il y eut force pillage, qui, joint à la retraite qui ôtait toute espérance de changer de maître, mit les paysans au désespoir aux trousses de cette armée, dont ils tuèrent tout ce qu’ils en purent attraper. Tessé occupa Nice de nouveau, où il laissa Montgeorges pour y commander ; il alla de là donner ordre à Villefranche. On craignit pour cette place et pour Monaco ; mais les ennemis ne songèrent à l’une ni à l’autre.