Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/257

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charmantes, et pour peu qu’il se trouvât à son aise, de la meilleure compagnie du monde. Le chancelier de Pontchartrain et lui, à peu près de même âge, avoient été amis intimes dans leur jeunesse. Galants, chasseurs, mêmes goûts, même sorte d’esprit et de sentiments en toute leur vie. Lorsque le chancelier fut en fortune, il fit pour son ancien ami des bagatelles à sa convenance, parce qu’il ne voulut jamais mieux. Il étoit de tous les voyages de Pontchartrain où je l’ai fort connu ; et ce qui est respectable pour les deux amis, c’est que sans s’y mêler de rien, ni sortir de son état de petit bourgeois de Paris, comme il s’appeloit souvent lui-même, il y étoit comme le maître de la maison : tout le domestique en attention et en respect, et tout ce qui y alloit en première considération. Le chancelier, outre l’amitié et la confiance, lui en témoigna toujours une extrême et toute sa famille aussi ; il montroit vouloir que tout le monde-lui en portât, et Le Haquois étoit aimé de tous. Il vivoit avec grand respect pour les gens considérables qu’il y voyoit, il n’en manquoit point au chancelier ni, à la chancelière, qui l’aimoient autant l’un que l’autre ; mais il ne laissoit pas de vivre fort en liberté avec eux, et de laisser échapper des traits de vieil ami qui ne lui messeyoient pas et qui étoient toujours bien reçus. Dans les dernières années sa piété s’accrut tellement que le chancelier et sa femme ne l’avoient plus à Pontchartrain autant qu’ils l’y vouloient. Ils l’appeloient leur muet, parce que la charité avoit mis un cachet sur sa bouche, auquel on perdoit beaucoup. Je m’en plaignois souvent à lui-même ; on ne le voyoit jamais qu’à Pontchartrain ; il vivoit fort retiré à Paris.

Le marquis de Bellefonds, petit-fils du maréchal, perdit sa femme toute jeune et mariée depuis peu ; elle étoit Hennequin, fille d’Égvilly, qui avoit le vautroit [1].

  1. Terme de vénerie. On appelait vautrait l’équipage de chasse pour le sanglier.