Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/43

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Je ne remonterai pas au delà de mon temps à parler de celui de son règne. Je dirai seulement, parce que c’est une anecdote assez peu connue, que ce fut la faute de son mari plus que la sienne ; elle l’avertit du soupçon de l’amour du roi pour elle ; elle ne lui laissa pas ignorer qu’elle n’en pouvoit plus douter. Elle l’assura qu’une fête que le roi donnoit étoit pour elle ; elle le pressa, elle le conjura avec les plus fortes instances de l’emmener dans ses terres de Guyenne, et de l’y laisser jusqu’à ce que le roi l’eût oubliée et se fût engagé ailleurs. Rien n’y put déterminer Montespan, qui ne fut pas longtemps sans s’en repentir, et qui, pour son tourment, vécut toute sa vie et mourut amoureux d’elle, sans toutefois l’avoir jamais voulu revoir depuis le premier éclat. Je ne parlerai point, non plus, des divers degrés que la peur du diable mit à reprises à sa séparation de la cour, et je parlerai ailleurs de Mme de Maintenon qui lui dut tout, qui prit peu à peu sa place, qui monta plus haut, qui la nourrit longtemps des plus cruelles couleuvres, et qui enfin la relégua de la cour. Ce que personne n’osa, ce dont le roi fut bien en peine, M. du Maine, comme je l’ai dit ailleurs, s’en chargea, M. de Meaux acheva, elle partit en larmes et en furie, et ne l’a jamais pardonné à M. du Maine, qui par cet étrange service se dévoua pour toujours le cœur et la toute-puissance de Mme de Maintenon.

La maîtresse, retirée à la communauté de Saint-Joseph, qu’elle avoit bâtie, fut longtemps à s’y accoutumer. Elle promena son loisir et ses inquiétudes à Bourbon, à Fontevrault, aux terres de d’Antin, et fut des années sans pouvoir se rendre à elle-même. À la fin Dieu la toucha. Son péché n’avoit jamais été accompagné de l’oubli, elle quittoit souvent le roi pour aller prier Dieu dans un cabinet ; rien ne lui auroit fait rompre aucun jeûne ni un jour maigre, elle fit tous les carêmes, et avec austérité quant aux jeûnes dans tous les temps de son désordre. Des aumônes, estime des gens de bien, jamais rien qui approchât du doute ni de