Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/442

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chevalier de Malte, tué devant Mardick en 1646, et l’aîné, qui épousa la tante paternelle de la duchesse d’Arpajon et du marquis de Beuvron, père du maréchal duc d’Harcourt, qui fut mère du comte de Fiesque, de la mort duquel je parle. Elle étoit veuve, sans enfants, de Louis de Brouilly, marquis de Piennes, de laquelle j’ai suffisamment parlé (t. II, p. 321). Elle n’eut qu’une fille, mère de Guerchy, fait chevalier de l’ordre en 1639, et le comte de Fiesque dont il s’agit ici.

C’étoit un homme de fort bonne compagnie, d’esprit et orné, un fort honnête homme qui avoit été galant, avec une belle voix, qui chantoit bien, et qui faisoit rarement des vers, mais aisément, jolis, et d’un tour fort naturel. Il fit une chanson sur Bechameil et son entrée en sa terre de Nointel si plaisante, si ridicule, si fort dans le caractère de Bechameil, qu’on s’en est toujours souvenu. Le roi, qui le sut, la lui fit chanter un jour à une chasse, et en pensa mourir de rire. Il étoit singulier, brusque, particulier, avoit peu servi, et fait quelques campagnes aide de camp du roi, qui, bien aise de l’obliger sans qu’il lui en coûtât rien, et aux dépens des Génois qu’il vouloit mortifier, lui fit payer cent mille écus par eux, pour de vieilles prétentions, lorsque le doge de Gènes vint en France. Ce fut M. de Seignelay, son ami, qui les lui valut, sans que lui-même y eût pensé. C’étoit un homme né fort libre, ennemi de toutes sortes de contraintes, et qui fit toujours peu de cas du bien et de la fortune. Il fut toujours considéré et recherché par la meilleure compagnie. On a vu en son lieu son étrange aventure avec M. le Duc, qui tacha de la réparer depuis, et qui le servit dans cette dernière maladie comme un de ses domestiques. On a vu aussi son intime liaison avec M. de Noirmoutiers, à qui il donna le peu qu’il avoit par son testament. Il n’avoit jamais été marié, et n’avoit que soixante et un anis. Sa sœur est morte depuis fort peu d’années, abbesse de Notre-Dame de Soissons pendant près de cinquante ans, et une très digne et bonne abbesse. Le comte de Fiesque