Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/5

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sans retour avec la maison de Lorraine. — Prince Camille mal à son aise en Lorraine. — Scandale de la brillante figure de Vaudémont en France. — Trahisons continuées de Vaudémont et de ses nièces. — Mesures secrètes de M. de Lorraine. — Courte réflexion.


Telles étoient ces liaisons et leurs puissants appuis lors de l’arrivée de M. de Vaudemont en France, dont ses nièces ne lui laissèrent rien ignorer, et dans lesquelles elles l’initièrent le plus tôt qu’elles le purent. Elles en avoient de grandes avec M. de Vendôme. On a vu ailleurs que le prince de Conti et fui partageoient la faveur et la cour la plus particulière de Monseigneur. Mlle Choin avoit fait assez d’effort pour rendre entre eux la balance du moins égale. Ses deux amies, qui pour elle, ou plutôt pour l’intérêt qu’elles y trouvèrent, avoient abandonné la princesse de Conti en sauvant toujours les apparences tarit qu’elles le purent, et toujours assez pour éviter brouillerie, étoient par là même entraînées vers M. de Vendôme. D’ailleurs le sang de Lorraine, si ce n’est par force, ne fut jamais pour aimer, encore moins pour s’attacher au sang de Bourbon.

Cela me fait souvenir d’une brutalité qui échappa à M. le Grand, et qui par cela même montre le fond de l’âme. Il jouoit au lansquenet dans le salon de Marly avec Monseigneur, et il étoit très gros et très méchant joueur. Je ne sais par quelle occasion de compliment Mme la grande-duchesse [de Toscane [1] ] y étoit venue de son couvent, car elle y étoit encore, où elle ne devoit retourner qu’après avoir soupé avec le roi. Le hasard fit qu’elle coupoit M. le Grand, et qu’elle lui donna un coupe-gorge. Lui aussitôt donna un coup de poing sur la table, et, se baissant dessus, s’écria tout haut. « La maudite maison, nous sera-t-elle toujours funeste ? » La grande-duchesse rougit, sourit et se tut. Monseigneur et tout ce qui étoit, hommes et femmes, à la table

  1. Voy. la note I, à la fin du volume.