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PORT-ROYAL.

Jésuites déjà brillantés. Port-Royal a sécularisé à un certain degré l’éducation et l’a faite française, en la laissant très-solide et très-chrétienne. François Ier, par son Ordonnance qui prescrivait l’usage du français dans les Actes publics, par la fondation du Collège de France opposé à l’Université, par tout l’ensemble de ses vues, avait donné en son temps un mouvement moderne, lequel, au commencement du dix-septième siècle, avait besoin d’être renouvelé. Richelieu, certes, s’y employa avec grandeur. Port-Royal, de son côté, sans affiche, sans ambition, reprit pour sa part cette œuvre de François Ier et de Ramus, et, à la veille de la majorité de Louis XIV, prépara des hommes à cette langue française tout à l’heure souveraine. De même qu’ils ont plus que personne travaillé à tuer le casuisme en morale et la scolastique en théologie, ces Messieurs, par leurs Méthodes, ont décrié dans l’éducation le pédantisme.

J’ai dit assez les éloges : il y a pourtant à faire la part des critiques. Il en parut alors, et de très-vives. Le Père Labbe, notamment, s’attaqua à ce qu’il appelait la Secte des Hellénistes de Port-Royal. C’est autour du Jardin des Racines grecques que se livra le plus fort du combat.

Ce Jardin des Racines grecques, il faut en convenir, ne répond pas de tout point à l’idée que nous avons donnée de la saine manière de Port-Royal : on a peine à y reconnaître cette raison tempérée d’agrément et de lumière. Avec ses vers gnomiques, mnémoniques, bons tout au plus à accrocher des lambeaux de sens, ce livre ingrat nous paraît aujourd’hui aussi hétéroclite que pouvait l’être alors le Despautère. C’est le cas de répéter ce que Jean-Jacques disait des petites règles rimées en quatrain ou sixain, qu’il essayait d’apprendre dans la Méthode latine : « Ces vers ostrogoths me faisaient mal au cœur, et ne pouvaient entrer dans mon oreille. » Tout est relatif cependant ; et si l’on se reporte à l’époque où