Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/127

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de planchettes d’un pied carré superposées les unes aux autres ; toiture aussi légère qu’impénétrable à la pluie. Ce bâtiment, formant un carré long orné d’un large portique de bois, s’appuie, de chaque côté, sur d’autres constructions également en charpente, recouvertes de chaume et destinées aux cuisines, aux celliers, à la buanderie, à la filanderie, aux ateliers des esclaves tisseurs de laine, tailleurs, cordonniers ou corroyeurs ; là sont aussi les chenils, les écuries, les perchoirs pour les faucons, la porcherie, les étables, le pressoir, la brasserie et d’immenses granges remplies de fourrage pour les chevaux et les bestiaux. Dans le bâtiment seigneurial se trouvait le gynécée (appartement des femmes), réservé à Godégisèle, cinquième épouse du comte (la seconde et la troisième vivaient encore). Elle passait là tristement ses jours, sortant rarement et filant sa quenouille au milieu des esclaves femelles de la maison, occupées à divers travaux d’aiguille et de tissage ; une chapelle en bois, desservie par un clerc, commensal du burg, attenait à ce gynécée, sorte de lupanar dont le comte se réservait seul l’entrée. Là, sous les yeux de sa femme, il choisissait, après boire, ses nombreuses concubines ; ses leudes, selon leurs caprices, toujours obéis, sous peine de coups de bâton, s’accouplaient avec les femmes esclaves du dehors.

La totalité de ces bâtiments, ainsi qu’un jardin et un vaste hippodrome, entouré d’arbres, destiné aux exercices militaires des leudes et des gens de guerre à pied, aussi libres et de race franque, est entourée d’un fossé de circonvallation, antique vestige de ce camp romain qui date de la conquête de César. Les parapets ont été dégradés par les siècles, mais ils offrent encore une bonne ligne de défense ; une seule des quatre entrées de cette enceinte fortifiée, ouvertes, selon l’usage, au nord, au midi, à l’est et à l’ouest, a été conservée : c’est celle du midi ; de ce côté, un pont volant, construit de madriers, est jeté, durant le jour, sur ce fossé, pour le passage des piétons, des chariots et des chevaux ; mais chaque soir, pour plus de sûreté, car le comte est ombrageux et défiant, le pont est