Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/132

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que cela, le sais-tu ? mon saint homme en résignation, en soumission et en contrition ? Cette cuve, ces socs de charrue, ce sont les instruments de l’épreuve judiciaire, ordonnée par la loi salique, loi des Franks, puisque la Gaule subit aujourd’hui la loi des Franks.

Et cette porte de cœur de chêne, épaisse comme la paume de la main et garnie de lames de fer, de clous énormes ? cette porte est celle du trésor de ce noble seigneur ; lui seul en a la clef. Là, sont les grands coffres, aussi bardés de fer, où il renferme ses sous d’or et d’argent, ses pierreries, ses vases précieux, sacrés ou profanes, ses colliers, ses bracelets, son épée de parade à poignée d’or, sa belle bride à frein d’argent, et sa selle ornée de plaques et d’étriers de même métal, en un mot, mon saint homme, tout ce qu’il a rançonné, larronné, chez ceux de ta race, est rassemblé dans le trésor du comte.

Écoute donc ! entends-tu ces rires bruyants ? ces cris avinés dans la pièce voisine, séparée de la salle du tribunal par de grands rideaux de cuir tanné et corroyé dans le burg ? On est fort gai là-dedans : dis un Oremus, demande au ciel de longs et gracieux jours pour ton noble seigneur Neroweg, sans oublier son patron le bienheureux évêque Cautin, le faiseur de miracles, et entrons dans la salle du festin.

La nuit est venue ; voilà, sur ma foi, de curieux candélabres de chair et d’os ; dix esclaves tannés, décharnés, à peine couverts de haillons, sont rangés, cinq d’un côté de la table, cinq de l’autre, et immobiles comme des statues, tiennent de gros flambeaux de cire allumés (C), suffisant à peine à éclairer ces lieux ; deux rangées de piliers de chêne arrondis, sorte de colonnade rustique, partagent cette salle en trois parties, la coupant dans sa longueur et aboutissant d’un côté à la porte du mâhl ; et de l’autre à la chambre à coucher du comte, laquelle communique au logis de Godegisèle et de ses femmes, de sorte qu’après boire le noble représentant du bon roi Clotaire, en Auvergne, peut rendre la justice ou jeter ses concubines sur sa couche.