Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/137

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Une nouvelle explosion d’hilarité prouva au vieux Gaulois qu’il n’avait point à attendre merci des Franks. Il regarda en pleurant ses pauvres jambes frêles et flageolantes ; puis, cédant à un dernier espoir, il dit au clerc d’une voix suppliante :

— Mon bon père en Dieu… au nom de la charité… intercédez pour moi auprès de mon seigneur le comte.

— Seigneur, je vous demande grâce pour ce vieux homme.

— Clerc ! cet esclave m’appartient-il, oui ou non ?

— Il vous appartient, noble seigneur.

— Puis-je disposer de mon esclave selon que je veux, et le châtier selon qu’il me plaît ?

— Mon noble seigneur, c’est votre droit.

— Alors qu’il éteigne vitement cette torche entre ses genoux, sinon je jure, par le grand Saint-Martin, que je la lui éteins dans le gosier…

— Mon bon père en Dieu… intercédez encore pour moi…

— Mon cher fils… il faut avec résignation accepter les maux que le ciel nous envoie…

— Finiras-tu ? — s’écria le comte en frappant sur la table avec le manche de son grand couteau.— Assez de paroles… choisis : tes genoux ou ton gosier pour éteignoir… Tu hésites… allons, mes leudes, saisissez-le…

— Non, non, mon seigneur… voici que j’obéis…

Et ce fut une scène très-comique pour les Franks… Foi de Vagre, il y avait de quoi rire en effet : le pauvre vieux Gaulois, toujours pleurant, approcha d’abord de ses genoux tremblotants la torche ardente ; puis, à la première atteinte de la flamme, il retira soudain le flambeau ; mais le comte, qui, les deux mains sur son ventre gonflé de vin et de viande, riait, ainsi que ses leudes, riait à crever, cessa de rire et donna sur la table, d’un air terrible, un grand coup du manche de son couteau. L’esclave, d’une main tremblante, rapprocha la torche de ses genoux, et voulut tout d’un coup