Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/138

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en finir avec cette torture ; il écarta un peu les jambes, puis il les serra par deux fois convulsivement afin d’éteindre la flamme entre ses genoux, ce à quoi il parvint sans pouvoir retenir un grand cri de douleur ; et si violente fut sa souffrance que le vieillard tomba sur le dos, presque privé de connaissance.

— Ça sent le chien grillé, — dit le comte en dilatant les narines de son nez d’oiseau de proie ; et cette odeur de chair brûlée le mettant sans doute en goût, il s’écria, comme frappé d’une idée subite : — Mes vaillants leudes, la prison du burg est bien garnie, ce me semble… Nous avons, enchaînés dans l’ergastule, d’abord Ronan le Vagre et l’ermite laboureur… tous deux maintenant à peu près guéris de leurs blessures ; la petite esclave blonde, non guérie celle-là, et toujours quasi mourante, ce qui me prive, à mon grand regret, de la prendre dans mon lit, car en la revoyant je la trouvais toujours avenante, malgré sa pâleur et sa blessure… Nous avons encore la belle évêchesse, non blessée, mais endiablée… j’avais fort envie d’en faire ma concubine ; mais mon clerc m’a dit qu’avoir pour maîtresse une sorcière femme d’un évêque, c’était dangereux pour mon salut…

— Oui, noble comte, les liaisons charnelles avec les démoniaques sont terribles pour notre salut, et en outre les liens sacrés qui attachaient l’évêchesse à son mari, devenu son frère en Dieu, avant qu’elle fût possédée du démon, existent toujours ; ce serait donc commettre un adultère avec une sorcière, double et horrible crime que peuvent punir les flammes éternelles !

— Assez, assez, mon clerc, ne parlons point ici de flammes éternelles, dont la rôtissure de ce vieux esclave donne un avant-goût ; d’ailleurs il y a trop de femelles dans le gynécée de ma femme Godegisèle pour que je songe à une évêchesse sorcière.

— Mais, comte, — reprit un des leudes, — que veux-tu faire de ces Vagres maudits, de cette petite Vagredine et de cette belle sorcière, amenés ici après le combat des gorges d’Allange ?

— Ah ! mes chers frères, là, vous avez vu mon protecteur, le bien-