Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/150

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— Va, mon fils en Dieu… — cria le clerc au moment où Justin levait le pied pour le poser sur le premier des coutres, — la justice de l’Éternel est infaillible… Tu l’as dit, c’est un tapis de verdure et de fleurs que tu vas fouler.

À peine eut-il posé le pied sur le fer ardent, que notre fervent catholique poussa un cri terrible ; la douleur fut si atroce que, trébuchant, il tomba en avant sur les genoux et sur les mains. Roulant ainsi au milieu des fers ardents, il se fit de nouvelles et profondes brûlures ; puis, pour échapper à cette torture, il s’élança d’un bond désespéré, en rugissant de souffrance, et alla tomber à dix pas de là, auprès de son compagnon garrotté.

— Vive l’infaillible jugement du Seigneur ! — s’écrièrent les leudes, frappés d’admiration. — Vive le Christ !

— Je le disais bien, — ajouta le comte, — ces deux larrons se sont entendus pour voler mon écuelle… Demain ils auront tous deux l’oreille coupée et seront mis à la torture jusqu’à ce qu’ils aient avoué où ils ont caché leur larcin…

— Tais-toi, comte !… — s’écria Justin en rugissant de douleur et de rage. — Les larrons, les pillards, c’est toi et tes hommes… J’aurais volé l’écuelle, que je n’aurais fait que voler un voleur… mais je ne l’ai pas volée… aussi vrai que je renie ce dieu menteur qui me condamne.

— Malheureux !… blasphémer !… renier Dieu !… Moi, son serviteur, je t’ordonne en son nom de…

— Tais-toi, prêtre… tu ne me tromperas plus… Ta religion n’est que mensonge et fourberie, puisque ton dieu témoigne contre les innocents… Oh ! que je souffre !… que je souffre !…

— Ces souffrances sont les peines anticipées de l’enfer, où tu brûleras éternellement, larron sacrilège !… Dieu prouve ton crime, et tu as l’audace de te révolter contre son jugement !…

— Tais-toi, clerc… Non, ton dieu n’existe pas, ou s’il existe, il est méchant et menteur, comme les imposteurs qui se disent ses prêtres !