Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/19

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— Que sais-je… Vous pouvez vous égarer ou tomber dans une fondrière de la forêt…

— Ma mère, rassurez-vous, je connais les fondrières et tous les sentiers de la forêt.

— Non, non, vous n’irez pas à la chasse aujourd’hui.

— Bon grand-père, intercédez pour moi…

— De grand cœur ; car je me réjouis de manger un quartier de venaison ; mais promets-moi, mon petit-fils, de ne point aller du côté des fontaines où l’on peut rencontrer des Korrigans…

— Je vous le jure, grand-père !

— Allons, Madalèn, laissez mon adroit archer partir pour la chasse ; ne me refusez pas cela… il vous jure de ne pas songer aux petites fées.

— Vous le voulez, mon père ? vous le voulez absolument ?

— Je vous en prie ; il a l’air si chagrin !

— Qu’il en soit selon votre désir… C’est, hélas ! contre mon gré.

— Un baiser, ma mère ?

— Non, méchant enfant, laissez-moi…

— Un baiser, ma bonne mère ; je vous en supplie…

— Madalèn, voyez cette grosse larme dans ses yeux… Aurez-vous le courage de ne pas l’embrasser ?

— Tiens, cher enfant… j’étais plus privée que toi… Pars donc, mais reviens vite…

— Encore un baiser, ma bonne mère… et adieu… et adieu…

— Karadeuk est parti, essuyant ses yeux ; deux et trois fois il se retourne pour regarder encore sa mère… et disparaît… Le jour se passe ; mon favori ne revient pas : la chasse l’aura entraîné, la nuit le ramènera… Je me mets à écrire ce récit, que la douleur a interrompu. Le jour touchait à sa fin ; soudain on entre dans ma chambre en criant :

— Mon père ! mon père ! un grand chagrin nous frappe !

— Hélas ! hélas ! mon père… je disais bien que les Korrigans et