Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/204

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nationale, à la tête d’une province soulevée en armes, il eut peut-être été un héros comme le chef des cent vallées, son idole !… À la tête d’une bande de révoltés… notre père n’a pu être qu’un intrépide chef de Bagaudes ou de Vagres… Tu sais, mon frère, mon éloignement pour ces terribles représailles… si légitimes qu’elles soient… elles ne laissent après elles que ruines et désastres… Mais du moins notre père a toujours vengé les opprimés… les souffrants, et jamais sa vengeance n’a atteint que les méchants…

— Va, Loysik, en ces temps d’épouvantable iniquité la Vagrerie accomplit une mission divine !… Les puissants du monde écrasent les faibles !… la Vagrerie frappe les puissants… Qui donc les punirait sans nous, ces puissants ? Leurs remords ! ils payent, et le clergé les absout de leurs crimes ! Leurs victimes ! elles n’osent dans leur hébêtement catholique se rebeller contre leurs bourreaux ! Non, non, il faut par des exemples terrifier nos maîtres !… Insensibles à la prière, ils céderont à l’épouvante ! Oh ! mes Vagres ! mes bons Vagres, où êtes-vous ! où êtes-vous ! pour cent Vagres tués… la Vagrerie, je le sais, n’est pas morte… mais où sont-ils, mes braves compagnons ! où sont-ils !

— S’ils vous savaient ici, Ronan, ils tenteraient tout pour vous délivrer… ils vous aiment tant…

— Quelques-uns d’entre eux peut-être, petite Odille, ont survécu au combat des gorges d’Allange ; si, comme on le disait, on nous avait conduits à Clermont, nous aurions eu, soit en route, soit dans la ville, quelque chance d’être délivrés par mes compagnons ; mais ici dans ce burg, il ne faut pas rêver délivrance, chère enfant… je dis rêver, car voici tes paupières qui de nouveau s’appesantissent…

— C’est vrai, Ronan… est-ce faiblesse… ou sommeil… je ne sais, mes yeux se ferment malgré moi… Oh ! je voudrais dormir jusqu’à demain…

— Berce-la sur tes genoux, belle évêchesse, berce-la… comme sa