Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/205

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mère la berçait autrefois… et qu’elle s’endorme pour ne plus se réveiller !…

— Dors, pauvre petite… dors sur mes genoux… En te voyant souffrir si douce et si jeune… toi, d’un âge à être ma fille… j’ai compris les douleurs maternelles… Ah ! moi aussi, j’aurais été, si le sort l’avait voulu, mère vaillante, épouse dévouée…

Et après un long silence pendant lequel la petite esclave s’endormit tout à fait, Fulvie ajouta :

— Et vous ne savez pas, Ronan… si le veneur a été tué ?

— Le dernier moment où je l’ai vu, belle évêchesse, il ajustait du haut d’un chêne… quelque leude à la portée de sa flèche… Est-il à cette heure mort ou vivant ? je l’ignore…

— Ah ! si j’avais longtemps à vivre, je regretterais toujours que le combat nous ait empêchés, le veneur et moi, de mourir ensemble, selon notre promesse échangée durant cette nuit de folle ivresse… Quand je pense à cette nuit… c’est pour moi comme le souvenir d’un songe à la fois brûlant et honteux… vous devez me mépriser beaucoup… Loysik ! et je vous l’avoue, si résolue que je sois à la mort… il me sera cruel d’emporter vos mépris.

— Fulvie ! libre aujourd’hui, retrouvant le veneur libre aussi… et vous disant : sois ma femme devant Dieu ! que répondriez-vous en toute sincérité ?

— Je répondrais : Je serai épouse dévouée, mère vaillante !… oh ! oui… croyez-moi, Loysik… j’agirais comme je dis… je le sais… je le sens… Cet homme à qui je me suis donnée dans cette nuit d’incendie et d’épouvante, après qu’il m’eut arrachée aux flammes, cet homme, je l’aimais déjà pour sa grâce et sa beauté, ainsi que je l’ai aimé ensuite pour son courage et son généreux cœur.

— Je vous crois, Fulvie… Comment alors, en ce moment suprême, pourrais-je vous mépriser ?… ne répareriez-vous pas, si vous le pouviez, votre égarement d’un jour par toute une vie honnête et dévouée ?