Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/216

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— Seigneur comte, ayez pitié de moi, pauvre vieux homme, je n’ai que mes animaux pour gagner ma vie… j’ai supplié vos nobles et nobilissimes hôtes de ne point trop s’approcher de mon ours…

— Avance, avance, que je le voie de près, ce plaisant compagnon ; il n’osera point, je suppose, me griffer, moi, le fils du roi Clotaire…

— Oh ! très-glorieux prince ! — dit Karadeuk du ton le plus respectueux, — ces malheureux animaux privés d’intelligence ne peuvent point distinguer entre les seigneurs du monde et les humbles !

— Avance, avance, plus près encore…

— Très-glorieux roi, prenez garde… il y aurait moins de danger à considérer de près le singe… je peux le tirer de sa cage.

— Oh ! des singes… je suis peu curieux de cette maligne engeance, puisque j’ai des pages… Ah ! ah ! ah ! le réjouissant compère, avec sa casaque… vois donc, Imnachair, comme il a l’air pantois et grognon… il ressemble au Lion de Poitiers en robe du matin, lorsque ce digne ami a passé une nuit sans s’enivrer ou sans violenter de femme…

— Que veux-tu, Chram ? je regarde comme perdues toutes les nuits que je n’emploie pas… à ton exemple.

— Lion, tu es injuste… je suis devenu tempérant et chaste.

— Par épuisement… ô roi pudique ! ô roi sobre !

— Plains-moi donc alors, au lieu de m’accuser… Ah çà, bateleur, que fait ton ours ? est-il savant ?

— Si vous l’ordonnez, glorieux roi, cet animal va se mettre à cheval sur mon bâton, et moi le tenant toujours à la chaîne, il fera ainsi, galopant avec grâce, le tour de la salle.

— Voyons d’abord ceci…

— Attention, Mont-Dore !

— Comment l’appelles-tu ?

— Mont-Dore, glorieux roi… je l’ai ainsi nommé, parce que je l’ai pris tout jeune sur l’un des pics du Mont-Dore…

— Je ne m’étonne plus si ton ours est féroce ; il est né dans l’un