Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/217

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des plus fameux repaires de ces Vagres maudits ! de ces hommes errants, loups, têtes de loups, qui ne hantent que les rochers, les bois et les cavernes ! Mais, aussi vrai que nous avons fait torturer ce matin un de ces Vagres, nous les exterminerons tous comme Neroweg a exterminé l’autre jour cette bande réfugiée dans les gorges d’Allange !

— Des Vagres, glorieux roi ! que le Tout-Puissant nous délivre de ces maudits ! qu’il me fasse la grâce de n’en jamais rencontrer que cloués à un gibet, comme le seul et le dernier que j’ai vu, je l’espère, car c’est là une terrible vision !…

— Et où l’as-tu vu, ce Vagre, au gibet ?

— Vers les frontières du Limousin ; on avait écrit sur la potence : « Celui-ci est Karadeuk le Vagre… Ainsi seront traités ses pareils ! »

— Karadeuk ! ce vieux bandit… qui, avec sa bande endiablée, a si longtemps ravagé l’Auvergne et le Limousin !…

— Pillant les burgs et les maisons épiscopales ! massacrant les Franks ! soulevant les esclaves !…

— Digne exemple, suivi par la bande de Ronan, cet autre chien enragé qui sera supplicié demain…

— On serait ainsi enfin délivré de ce Karadeuk ; on le croyait courant ailleurs la Vagrerie ; mais on redoutait son retour.

— O glorieux roi ! il ne reviendra pas… à moins que ce scélérat ne descende de son gibet… et c’est peu probable ; car lorsque je l’y ai vu accroché, son cadavre était à demi déchiqueté par les corbeaux, et il avait les mains et les pieds coupés…

— Es-tu certain d’avoir lu le nom de Karadeuk sur la potence ?… Ce serait véritablement une grande délivrance pour le pays…

— Glorieux roi, ce nom, qui n’est pas un nom de nos contrées, m’a frappé ; voilà pourquoi je l’ai retenu.

— C’est un nom breton, — dit l’évêque Cautin, — un nom de ce pays hérétique et damné qui, à cette heure, s’opiniâtre à braver l’autorité, les ordres de nos conciles Ah ! Chram, les rois franks n’auront-ils donc jamais le pouvoir ou la volonté de réduire à l’obéis
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