Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/231

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Franks, fixée dans le sol. Ainsi, un moment à l’abri, le vieux Vagre déboucla le collier de l’amant de l’évêchesse ; puis, tous deux, continuant de ramper sous la table, guidés par la dernière lueur de quelques torches à demi éteintes sur le sol, se dirigèrent vers une des portes de la salle du festin, porte que le flot des combattants laissait libre, et s’élancèrent au dehors. Presque aussitôt ils se trouvèrent en face de deux esclaves, qui, ayant fui par une autre issue, couraient éperdus, leurs torches à la main. Chacun des Vagres prend un esclave à la gorge et lui met un poignard sur la poitrine.

— Éteins ta torche, — dit Karadeuk, — et conduis-moi à l’ergastule, ou tu es mort…

— Donne-moi ta torche, — dit l’amant de l’évêchesse, — et conduis-moi aux granges, ou tu es mort…

Les esclaves obéissent, les deux Vagres se séparent : l’un court aux granges, l’autre à l’ergastule.




Les prisonniers de l’ergastule se sont, autant que possible, rapprochés des barreaux ; la petite Odille, endormie sur les genoux de l’évêchesse, s’est en sursaut réveillée, disant :

— Ronan, qu’y a-t-il donc ? vient-on déjà nous chercher pour le supplice ?

— Non, petite Odille ; nous sommes à peine à la moitié de la nuit. Mais je ne sais ce qui se passe au burg ; tous les Franks qui nous gardaient ont abandonné les dehors de notre prison pour accompagner un des leurs, qui est venu les chercher ; puis, tous sont partis en courant et en agitant leurs armes.

— Ronan, mon frère, prête l’oreille dans la direction de la maison seigneuriale… il me semble entendre un bruit étrange…

— Silence ! faisons silence…

— Ce sont des cris tumultueux… l’on dirait qu’on entend le choc des armes…