Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/257

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


la maison. Sur une table était déposé le coffret de fer, autrefois donné à Scanvoch par Victoria la Grande. Kervan tira de ce coffret la faucille d’or d’Hêna, la vierge de l’ile de Sên ; la clochette d’airain, laissée par Guilhern ; le collier de fer de Sylvest ; la croix d’argent de Geneviève ; l’alouette de casque de Victoria la Grande ; puis il déposa ces objets auprès du poignard de Loysik. Kervan prit aussi dans le coffret les différents parchemins composant la chronique de la descendance de Joel.

Ces reliques, datant d’un temps si lointain déjà, Ronan les contemplait avec une profonde et silencieuse émotion. Kervan, voyant son neveu plongé dans ce pieux recueillement, le laissa, et alla rejoindre sa famille, non moins impatiente que lui de connaître l’histoire de Karadeuk le Bagaude, de Ronan le Vagre, et de son frère Loysik, l’ermite laboureur.

Le Vagre resta seul… Cette longue nuit d’hiver s’écoula durant qu’il lisait les légendes de sa race… La lumière de sa lampe luttait contre les premières clartés de l’aube lorsque Ronan termina sa lecture. Dès que le jour fut tout à fait venu, le descendant de Joel chercha au loin des yeux, à travers la fenêtre, les rochers de l’île de Sên, île jadis si fameuse par son collège de druidesses, où Hêna avait passé les premières années de sa vie, terminée par un sacrifice héroïque. Bientôt Ronan vit les rochers de l’île se dessiner confusément à travers la brume de la mer ; alors il jeta de nouveau un regard respectueux et attendri sur la petite faucille d’or, déjà noircie par les siècles, et qu’Hêna, la douce vierge, portait, il y avait de cela plus de six cents ans ; puis il sortit de la maison.

Kervan et sa femme avaient, de leur côté, prolongé leur lecture presque jusqu’à l’aube ; et, contre leur habitude, ils ne s’étaient pas levés avec le jour. Ronan, encore sous l’impression de l’histoire de sa famille, alla visiter les abords de la maison : à chaque pas, il y trouva le souvenir de ses ancêtres ; elle verdoyait toujours, la vaste prairie où son aïeul Joel et ses fils, Guilhern et Mikaël, se livraient aux mâles