Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/269

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pour ton diocèse, entre les désastres de la Vagrerie ou les féconds labeurs d’une colonie d’hommes libres… — Je connaissais, mes amis, le caractère de l’évêque Florent : son choix ne pouvait être douteux. Il eut cependant quelque velléité de demander la donation pour lui-même ; mais il apprit le même jour, par des voyageurs, que les Vagres s’approchaient de plus en plus des frontières de Bourgogne. Il dépêcha un messager au roi Clotaire, alors à Bourges, lui écrivit une lettre pressante en ma faveur… Hier, ce messager a rapporté à l’évêque de Châlons cette donation accordée ainsi qu’il suit, par une charte, selon la formule ordinaire :

Clotaire, guerrier illustre, roi des Franks… L’office et le devoir d’un roi est de venir en aide aux serviteurs de Dieu et d’accueillir favorablement leurs demandes. D’autre part, comme nous ne demeurons que peu de temps en cette vie, il importe d’amasser au plus vite des richesses pour l’éternité. Ces richesses, nous pouvons les acquérir facilement au moyen de largesses accordées aux évêques et à l’Église. C’est pourquoi nous accueillons la demande de notre vénérable père en Christ, Florent, évêque de Châlons-sur-Saône, et faisons savoir à tous nos fidèles présents et futurs qu’un certain moine, nommé Loysik, nous a demandé, par l’entremise dudit Florent, notre vénérable père en Christ et ami, une terre où il pût habiter librement, prier et implorer pour nous la miséricorde divine ; il a ajouté qu’il était suivi d’un grand nombre d’hommes qu’il voulait retirer des désordres et des misères du siècle ; ces hommes ont promis de se fixer auprès de lui, et de se livrer à une vie paisible et laborieuse ; pour nous, considérant que la demande du moine est sage ; parce que nous croyons, d’ailleurs, que, si nous l’accueillons favorablement, nous ferons une chose agréable à Dieu et méritoire pour la rémission de nos péchés, nous accordons à ce moine la possession de la vallée de Charolles, située dans le diocèse de Châlons, bornée au nord par les rochers dits Roches-Balues ; au midi par la rivière de Charolles, dont une branche traverse ladite vallée ; à l’ouest par le ravin appelé Ravin d’Épidorix ; à l’est, par la lisière des bois dits Bois aux Chèvres, touchant aux terres de l’église de Marcigny. Nous concédons à ce moine Loysik tout ce qu’il rencontrera sur lesdites terres, esclaves, animaux domestiques, constructions, vignes, champs cultivés, prairies et bois ; il usera de tout librement et pourra, sans que nul ait droit d’y mettre empêchement, labourer, planter, bâtir : nous l’exemptons, lui et ceux qui s’établiront avec lui dans la vallée de Charolles, de tout ce qui est dû à notre fisc. Nous défendons