Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/272

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seigneurs et les évêques voisins. Nous serons donc prêts à repousser la force par la force. La vallée est garantie au nord par des rochers presque inaccessibles, au midi par une rivière profonde, à l’ouest par des ravins escarpés, à gauche par des bois épais ; il nous sera facile de nous fortifier dans cette possession et d’y maintenir nos droits… si le nombre nous écrase, nous mourrons du moins en hommes libres. Un mot encore, mes amis, je vous l’ai dit, les faits vous le prouvent et vous le prouveront, l’heure des grands soulèvements populaires n’a pas encore sonné, ne sonnera pas de longtemps peut-être ; mais une heureuse chance a servi votre révolte isolée, sachez en profiter. Gaulois réduits en servitude, vous aviez pris les armes… mais vous renoncez à de terribles représailles du jour où vous rentrez en possession du sol et de la liberté… de ce jour, vous, hommes de révolte, de désordre, de bataille, vous devenez hommes de paix, de travail et de famille… esclaves violemment dépouillés de vos droits, vous portiez partout le ravage, hommes libres, possédant la terre et la fécondant par votre travail, vous répandez autour de vous l’abondance et la richesse… Ah ! croyez-moi, cet enseignement sera fécond pour l’avenir ; oui, malgré la torpeur effrayante où sont plongées les populations qui nous entourent, tôt ou tard vous voyant vivre paisibles, laborieux, elles se diront : — Si le peuple des Gaules, au lieu de subir l’esclavage avec une lâche résignation, avait, comme les habitants de cette colonie, su se faire craindre et reconquérir ce que la violence lui avait ravi, il serait aujourd’hui heureux et libre ! Comptons-nous donc, pauvres esclaves que nous sommes ! comptons les Franks… et debout ! mais tous ensemble… isolément nous serions écrasés… oui, debout… debout tous ensemble ! courons tous aux armes ! et à nous aussi notre jour viendra ! — Amis, croyez-moi, de proche en proche ces idées germeront, grandiront, et l’heure arrivera, lointaine encore, je le sais, mais inévitable comme la justice de Dieu, où le peuple des Gaules, se levant tout entier contre l’oppression des rois et de l’Église,