Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/304

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Loysik, c’est durant cette nuit-là, que pour la première fois j’ai su que nous étions frères.

— Ah ! Ronan ! quelle bravoure que celle de notre père Karadeuk, parvenant, avec notre vieil ami le Veneur, à nous tirer de l’ergastule du burg de ce comte Neroweg !

Te souviens-tu ? Vous souvenez-vous ? une fois sur ce sujet l’entretien de vieux amis attablés devint intarissable. Ainsi causaient du vieux temps Ronan, Loysik, le Veneur, Odille, l’évêchesse, placés à table à côté les uns des autres, pendant que de convives, plus jeunes, s’éjouissaient et parlaient du temps présent. De sorte que ce soir-là l’on était en grande joie au monastère de Charolles.

Au milieu du festin, un moine laboureur dit à l’un de ses compagnons :

— Où sont donc nos deux prêtres, Placide et Félibien ?

— Ces pieux hommes ont trouvé la fête trop profane pour eux.

— Comment cela ?

— Tu sais que par ordre de Loysik, deux veilleurs sont chaque nuit de garde à la logette de l’embarcadère du bac…

— Oui.

— Placide et Félibien ont offert à deux de nous qui devaient à leur tour veiller cette nuit dans la logette de les y remplacer, afin de laisser nos frères jouir de la fête.

— Quelles bonnes âmes, que ces tonsurés !




La rivière, qui prenait sa source dans la vallée de Charolles, la traversait dans toute sa longueur ; puis, se partageant en deux bras, servait de limites et de défense naturelle au territoire de la colonie. Par prudence, Loysik faisait ramener chaque soir et amarrer sur la rive de la vallée un bac, seul moyen de communication avec les terres qui s’étendaient de l’autre côté du cours d’eau, et appartenaient au diocèse de Châlons. Une logette où veillaient à tour de rôle deux