Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/305

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frères de la communauté, était construite près de l’embarcadère de ce bac.

La lune en son plein se réfléchissait dans l’eau limpide de la rivière, fort large en cet endroit, les deux prêtres qui s’étaient fraternellement offerts à remplacer les moines comme veilleurs, allaient et venaient d’un air inquiet à quelques pas de la logette.

— Placide, tu ne vois rien ? tu n’entends rien ?

— Rien…

— Voilà pourtant la lune déjà haute… il doit être près de minuit, et personne ne paraît…

— Ne perdons pas espoir… le retard n’est pas encore considérable.

— S’ils nous manquaient de parole, ce serait désolant ; nous ne trouverions pas de longtemps un pareille occasion d’être, comme ce soir, chargés de la garde du bac, grâce à l’orgie de cette nuit.

— Et c’est surtout pendant cette nuit d’orgie qu’il est nécessaire de surprendre les moines.

— Et pourtant personne encore…

— Écoute… écoute…

— Tu entends quelque chose ?

— Je me suis trompé… c’est le bruissement de la rivière sur les cailloux du rivage.

— L’évêque de Châlons, notre protecteur, aura renoncé à son projet.

— Impossible… il avait obtenu l’assentiment de la reine Brunehaut.

— La reine Brunehaut aura peut-être craint de se mêler de cette affaire ecclésiastique.

— Elle ! cette femme redoutable et implacable, craindre quelque chose ?… elle, craindre un vieux moine de quatre-vingts ans ?…

— Écoute… écoute… cette fois je ne me trompe pas… Vois-tu là-bas, sur l’autre rive, ces points brillants ?