Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/59

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


compères, qui vous vident une outre d’un trait, et marchent sans broncher sur une poutre à travers l’incendie qu’ils ont allumé dans le burg d’un Frank ou dans la villa d’un évêque… Et ces hommes, à tête rasée, hâves, vêtus de haillons, ces femmes ? non moins misérables, mais dont quelques-unes sont jolies, très-jolies ; les uns et les unes ont l’air aussi gai, aussi aviné que les Vagres, que sont-ils, ces hommes et ces femmes ?

Ce sont des esclaves de l’Église, joyeux d’avoir leur jour de justice et de vengeance… Mais d’autres esclaves en grand nombre ont fui dans les champs, craignant de voir le feu du ciel tomber sur les Vagres, assez sacrilèges pour mettre à sac et à feu la maison de leur seigneur évêque.

Que fait donc Ronan, se prélassant au banc épiscopal, où il est assis, revêtu des habits sacerdotaux et coiffé du bonnet de fourrure, que le comte Neroweg a laissé dans la salle du festin en fuyant éperdu ? Quatre Vagres assistent Ronan… étranges clercs ! plaisants diacres ! Parmi eux se trouve Dent-de-Loup, ce géant, dont un cercle de tonne ne mesurerait pas la ceinture.

— Frères, sommes-nous tous ici ?

— Ronan, il ne manque que le Veneur ; au plus fort de l’incendie, il a couru à la porte de l’évêchesse… et l’un des nôtres l’a vu ensuite traverser les flammes, courant vers le jardin, emportant dans ses bras cette belle femme évanouie.

— Sans doute il la fait revenir à elle… Or, pendant qu’on ranime l’évêchesse, si nous jugions l’évêque ?…

— Bien dit, Ronan.

— Le saint homme a souvent jugé du haut du tribunal de la curie, comme évêque et chef de la cité de Clermont, jugeons-le à son tour.

— Oui, oui, jugeons l’évêque ! jugeons l’évêque !…

Et les esclaves de l’abbaye criaient plus fort que les Vagres :

— Jugeons l’évêque !

— Qu’on l’amène !