Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/61

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Rome des empereurs ; c’était une franche guerre : soldat contre soldat, épée contre épée ; mais j’ai horreur et dégoût du joug de la Rome des papes, cette Église qui nous opprime par la fourberie, par l’hébêtement, et qui, reniant la patrie, la liberté, nos gloires passées, abrutit et châtre notre virile race gauloise… Ah ! nos anciens prêtres, nos druides vénérés, ne s’alliaient pas ainsi lâchement aux Romains conquérants de la Gaule… Non, non, le glaive d’une main, une branche de gui de l’autre, donnant les premiers le signal de la sainte guerre contre l’étranger, ils soulevaient les populations en armes avec ces deux seuls mots : Patrie et liberté ! ! Alors surgissaient du grand flot populaire : le chef des cent vallées ! Sacrovir ! Vindex ! Marik ! Civilis ! et Rome tremblait au Capitole… Mais où sont-ils nos druides vénérés ? Où ils sont ?… Allez au fond des forêts, vous trouverez leurs os calcinés par le feu sous les ruines de leurs temples renversés par les prêtres catholiques. Où ils sont, nos druides ? demandez-le aux bourreaux des cités gouvernées par les évêques… Hélas ! avec les druides, est morte l’indépendance de la Gaule !… les évêques et les Franks lui larronneront jusqu’à son nom !… Je vous l’ai dit, je vous l’ai dit… Oh ! ne me menace pas du poing, toi, mon seigneur, toi, mon évêque… Ce langage t’étonne dans la bouche d’un pauvre vieux esclave ; mais cet esclave, autrefois libre, autrefois riche, autrefois heureux, avant d’être ta chose, comme tes bœufs et tes porcs, cet esclave avait acquis plus de science que tu n’en posséderas jamais, prélat fainéant, cupide et luxurieux ! ! Rassure-toi, je ne te ravirai pas ta vengeance ; je suis trop vieux pour courir la Vagrerie… toi, ou ton successeur, vous me trouverez sur les ruines de ta villa épiscopale, le vieux Simon sera pendu ; mais son dernier mot sera : Malédiction sur les Franks conquérants, malédiction sur les évêques catholiques… et vive la vieille Gaule !

— Évêque, — reprit Ronan, — ta clarissime véracité a-t-elle quelque chose à répondre aux accusations de tes esclaves et aux paroles du vieux Simon ?