Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/63

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pale est encore un très-damnable péché… je dois en avertir ta clarissime pudicité.

Puis, s’adressant aux Vagres, Ronan ajouta :

— Où est la petite esclave ?

— Ici près, dans un réduit ; elle avait grand’frayeur de nous et de l’incendie… nous l’avons doucement portée sur un matelas, elle est là, pleurante.

— Amenez-la.

La jeune esclave fut amenée.

Ronan disait vrai : lui donner quinze ans, à cette enfant, c’était peut-être la vieillir… Ses blonds cheveux, séparés en deux longues tresses épaisses, tombaient à ses pieds, nus comme ses bras et ses épaules : le leude brutal, en allant la quérir au burg, lui avait à peine donné le temps de se vêtir pour l’emporter sur son cheval. Aussi, en présence des Vagres, quelle frayeur suppliante se lisait dans les grands yeux bleus de la pauvre petite créature, encore toute tremblante… Sa course nocturne en croupe du guerrier frank, l’incendie de la villa épiscopale, l’aspect étrange des Vagres… que de sujets d’effroi pour elle ! Ses joues avaient dû autrefois être rondes et roses ; mais elles étaient devenues pâles et creuses : cette figure enfantine, empreinte de souffrance, faisait mal à voir… Ronan, malgré lui, ne la quittait pas des yeux, aussi lorsque cette jeune esclave entra dans la chapelle, lui, toujours joyeux, se sentit attristé, sa voix même s’émut lorsqu’il lui dit doucement :

— Ton nom, mon enfant ?

— On m’appelle Odille.

— Où es-tu née ?

— Loin d’ici… dans l’une des hautes vallées du Mont-d’Or.

— Quel âge as-tu ?

— Ma mère me disait ce printemps : Odille, voilà quatorze ans que tu fais la joie de ma vie.

— Comment es-tu devenue l’esclave du comte frank ?