Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/66

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— Bénis le Seigneur, chère fille, bénis-le ; plus tu souffriras ici-bas, plus tu te féliciteras là-haut ! C’est moi, ton père en Dieu, qui t’en donne l’assurance.

— Bien dit, évêque. Donc, je te mettrai sur l’heure à même de pouvoir te singulièrement féliciter là-haut, — reprit Ronan ; puis s’adressant à l’esclave dont il ne pouvait détacher ses yeux attendris : — Assieds-toi là, sur les marches de l’autel, petite Odille… Tu n’as ici que des amis ; ne désespère pas encore.

L’enfant contempla le Vagre d’un air grandement surpris ; il lui parlait d’une voix douce ; elle alla s’asseoir sur les marches de l’autel, et ne regarda plus que Ronan, n’écouta plus que les paroles de Ronan.

— Eh ! le Veneur ! le Veneur ! — cria l’un de ces gais compagnons debout près d’une petite porte de la chapelle donnant sur les jardins de la villa, — où vas-tu donc ainsi sous la feuillée, ta belle évêchesse au bras ? ne viendra-t-elle pas voir son honnête mari… ce renard pris au piège avant d’être pendu ?

— Mes bons seigneurs les Vagres, — dit la voix de l’évêchesse dont on distinguait à peine la forme svelte et blanche dans le pénombre de l’arceau de la porte, — longtemps j’ai maudit, longtemps j’ai haï celui-là qui fut mon mari… Je ne le hais plus, je ne le maudis plus ; le bonheur rend indulgente… Faites-lui grâce comme je lui pardonne. Lui-même l’a dit : je n’étais plus sa femme… nos liens charnels ont été brisés… Il me gardait près de lui pour jouir de mes biens… Qu’il en jouisse… J’aurai du moins mon jour d’amour et de liberté… Viens, mon beau Vagre… et vive l’amour en Vagrerie !

— Scélérate impudique ! j’avais épousé une Olla… une Oliba… une Messaline !

Mais Cautin criait, menaçait en vain ; l’évêchesse continuait avec son Vagre sa promenade sous la feuillée des grands arbres de la villa, tandis que Ronan disait au saint homme :