Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/67

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Tu vas être jugé par ceux que tu as jugés. Pauvres esclaves de l’Église, que ferons-nous de ce méchant et luxurieux papelard qui enterre les vivants avec les morts ?

— Qu’il soit pendu !

— Oui, oui ! qu’il soit pendu !

— Il ne mourra qu’une fois ; et notre vie à nous était un long supplice.

— Sa vie à lui une longue jouissance !

— Qu’il soit pendu !

— Que penses-tu de l’idée de ces bonnes gens ? À moi, Ronan, elle me paraît sensée…

— Et moi, mes frères, je vous dirai, au nom de Jésus de Nazareth, l’ami des affligés : pardon pour le coupable si sa repentance est sincère.

Qui parlait ainsi ? L’ermite laboureur, jusqu’alors caché dans l’ombre d’un des arceaux de la chapelle ; soudain il parut aux yeux des Vagres et des esclaves courroucés contre l’évêque.

— L’ermite laboureur ! — s’écrièrent les esclaves avec un touchant respect, — l’ami des pauvres !

— Le consolateur de ceux qui pleurent !

— Que de fois, dans les champs, il a pris la houe d’un de nos compagnons, épuisé de fatigue, achevant ainsi la tâche du captif, pour lui épargner les coups de fouet du gardien !

— Un jour, pendant que je paissais les brebis de l’évêque, deux s’étaient égarées. L’ermite laboureur a tant cherché, tant cherché, qu’il me les a ramenées ; sans lui, j’étais roué de coups au retour.

— Et nos petits enfants, si chétifs, si tristes, hélas ! à cet âge où l’on rit souvent, ils ont toujours un sourire pour l’ermite laboureur.

— Oh ! dès qu’ils l’aperçoivent, ils courent se pendre à sa robe !

— Aussi malheureux que nous, il aime à faire aux enfants de petits présents… doux présents des pauvres gens, dit-il, et il leur donne