Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/72

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— Meilleurs !… ces sacrilèges, qui ont pillé ma villa, mes belles coupes, mes beaux vases, mon or et mon argent… Hélas ! hélas ! j’en mourrai de désespoir, aussi vrai que ces tigres ne deviendront jamais des agneaux…

— L’Écriture n’a-t-elle pas dit : « L’épée homicide sera changée en serpe pour émonder la vigne en fleurs ; la terre pacifique et féconde produira ses fruits pour tous les hommes ; le lion dormira près du chevreau ; le loup, près de la brebis ; et un petit enfant les conduira tous. » Ne blasphème pas ! le Créateur a fait la créature à son image ; il l’a faite bonne pour qu’elle soit heureuse : aveugles, misérables ou ignorants sont les méchants… Guérissons leur ignorance, leur misère et leur aveuglement… Bons ils deviendront, heureux ils rendront eux et les autres.

— Bons ? les hommes ! — s’écria l’évêque avec emportement, — et les femmes sans doute aussi sont bonnes ! celle qui fut la mienne entre autres ? vois-la plutôt là-bas, cette monstrueuse impudique, avec sa jupe orange et ses bas rouges brodés d’argent… la vois-tu au bras de ce grand bandit à cheveux noirs ? L’infâme ! la scélérate !

— Tais-toi ! Jésus n’avait que des paroles de miséricorde pour Madeleine la courtisane et pour la femme adultère, oserais-tu jeter la première pierre à cette femme qui fut la tienne ?… Allons, viens… Tes genoux tremblent… tu me fais pitié… appuie-toi sur mon bras… tu vas défaillir…

— Hélas ! où vont-ils me conduire, ces Vagres damnés ?

— Peu t’importe ! amende-toi… repens-toi !…

— Mon Dieu ! mon Dieu ! et pas d’espoir d’être délivré en route ! elles sont si désertes maintenant… personne ne voyage de peur des Vagres, ou de ces bandes de Franks qui vont guerroyer les uns contre les autres, piller les villes, enlever des esclaves ! Ah ! nous vivons dans de terribles temps.

— Et ces temps ! qui nous les a faits ? sinon vous tous ? nouveaux princes des prêtres ! Ah ! nos pères ont vu pendant des siècles la Gaule