Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/88

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révolter contre les Franks ?… Je ne pouvais donc compter sur mes compagnons d’esclavage, hébêtés par la peur du diable, et énervés par la misère… puis, je te l’ai dit, j’avais de jeunes enfants, et leur mère, accablée de chagrin, était très-maladive ; enfin, cette année, la pauvre créature heureusement est morte. Mes fils étaient devenus des hommes : eux et moi, ainsi que quelques autres esclaves, las de souffrir, las de travailler de l’aube au soir, pour le comte et ses leudes, nous avons fui ses domaines… Nous étions allés nous réfugier sur les terres de l’évêque d’Issoire : c’était quitter un servage pour un autre ; mais nous espérions que le prélat serait peut-être moins méchant maître que le comte. Celui-ci tenait à moi, qui avais tant d’années durant fait rendre à nos terres, et à son profit, tout ce qu’elles pouvaient produire. Sachant notre refuge, il a fait monter quelques leudes à cheval, ils sont venus nous réclamer à l’évêque d’Issoire ; celui-ci nous a rendus, ses gens nous ont garrottés… Les leudes nous ramenaient pour nous forcer à cultiver nos champs, ces bons Vagres ont tué les Franks, et nous ont délivrés… Aussi, par ma foi, Vagres nous serons, moi, mes fils et ces esclaves que voilà, si vous voulez de nous, braves coureurs de nuit ! Nous avons, nous aussi, de rudes souffrances à venger ! vous nous verrez à l’œuvre contre les Franks et les évêques…

— Oui, oui ! — crièrent ses compagnons, — mieux vaut à cette heure, en Gaule, courir la Vagrerie que labourer le champ de nos pères sous le bâton d’un comte frank et de ses leudes.

— Évêque, évêque ! — dit Ronan au prélat, qui avait écouté ceci, — voilà ce que tes alliés, tes complices ont fait de notre vieille Gaule, jadis si féconde ! si glorieuse ; mais par la torche de l’incendie ! par le sang du massacre ! je le jure ! viendra l’heure où prélats et seigneurs ne régneront plus que sur des ruines fumantes et des ossements blanchis… Allons, nos nouveaux frères en Vagrerie, soyez, comme nous, Hommes errants, Loups, Têtes de loups ! Comme nous, vous vivrez en loups, et en joie, l’été, sous la verte feuillée ; l’hiver,