Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/191

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côté de ma boîte, et bientôt après je commençai à m’imaginer qu’elle était tirée, et en quelque façon remorquée ; car de temps en temps je sentais une sorte d’effort qui faisait monter les ondes jusqu’au haut de mes fenêtres, me laissant presque dans l’obscurité. Je conçus alors quelques faibles espérances de secours, quoique je ne pusse me figurer d’où il me pourrait venir. Je montai sur mes chaises, et approchai ma tête d’une petite fente qui était au toit de ma boîte, et alors je me mis à crier de toutes mes forces, et à demander du secours dans toutes les langues que je savais. Ensuite, j’attachai mon mouchoir à un bâton que j’avais, et, le haussant par l’ouverture, je le branlai plusieurs fois dans l’air, afin que, si quelque barque ou vaisseau était proche, les matelots pussent conjecturer qu’il y avait un malheureux mortel renfermé dans cette boîte.

Je ne m’aperçus point que tout cela eût rien produit ; mais je connus évidemment que ma boîte était tirée en avant : au bout d’une heure, je sentis qu’elle heurtait quelque chose de très-dur. Je craignis d’abord que ce ne fût un rocher, et j’en fus très-alarmé. J’entendis alors distinctement du bruit sur le toit de ma boîte, comme celui d’un câble ; ensuite je me trouvai haussé peu à peu, au moins trois pieds plus