Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/370

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Aussitôt elle s’enfuit, mais regardant souvent derrière elle, et conduit si bien ses pas, que l’yahou passionné qui la poursuit l’atteint enfin dans un lieu favorable au mystère et à ses désirs. Là désormais elle attendra tous les jours son nouvel amant, qui ne manquera point de s’y rendre, à moins qu’une pareille aventure ne se présente à lui sur le chemin, et ne lui fasse oublier la première. Mais la femelle manque quelquefois elle-même au rendez-vous : le changement plaît des deux côtés, et la diversité est autant du goût de l’un que de l’autre. Le plaisir d’une femelle est de voir des mâles se terrasser, se mordre, s’égratigner, se déchirer pour l’amour d’elle ; elle les excite au combat, et devient le prix du vainqueur, à qui elle se donne pour l’égratigner dans la suite lui-même, ou pour en être égratignée ; et c’est par là que finissent toutes leurs amours. Ils aiment passionnément leurs petits : les mâles qui s’en croient les pères les chérissent, quoiqu’il leur soit impossible de s’assurer qu’ils aient eu part à leur naissance.

Je m’attendais que son honneur allait en dire bien davantage au sujet des mœurs des yahous, et qu’il ne lui échapperait rien de tous nos vices. J’en rougissais d’avance pour l’honneur de mon espèce, et je craignais qu’il n’allât décrire tous