Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/12

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évêques et des abbés à l’ignorance des laïques. Les universités de Bologne, de Paris, d’Oxford, fondées vers le xiiie siècle, cultivèrent cette science qu’un clergé trop riche abandonnait.

Les docteurs de ces universités, qui n’étaient que docteurs, éclatèrent bientôt contre les scandales du reste du clergé ; et l’envie de se signaler les porta à examiner des mystères qui, pour le bien de la paix, devaient être toujours derrière un voile.

Celui qui déchira le voile avec le plus d’emportement fut Jean Wiclef, docteur de l’université d’Oxford ; il prêcha, il écrivit, tandis qu’Urbain V et Clément désolaient l’Église par leur schisme, et publiaient des croisades l’un contre l’autre ; il prétendit qu’on devait faire pour toujours ce que la France avait fait un temps, ne reconnaître jamais de pape. Cette idée fut embrassée par beaucoup de seigneurs, indignés dès longtemps de voir l’Angleterre traitée comme une province de Rome ; mais elle fut combattue par tous ceux qui partageaient le fruit de cette soumission. Wiclef fut moins protégé dans sa théologie que dans sa politique : il renouvela les anciens sentiments proscrits dans Bérenger ; il soutint qu’il ne faut rien croire d’impossible et de contradictoire, qu’un accident ne peut subsister sans sujet, qu’un même corps ne peut être à la fois, tout entier, en cent mille endroits ; que ces idées monstrueuses étaient capables de détruire le christianisme dans l’esprit de quiconque a conservé une étincelle de raison ; qu’en un mot le pain et le vin de l’eucharistie demeurent du pain et du vin. Il voulut détruire la confession introduite dans l’Occident, les indulgences par lesquelles on vendait la justice de Dieu, la hiérarchie éloignée de sa simplicité primitive. Ce que les Vaudois enseignaient alors en secret, il l’enseignait en public ; et, à peu de chose près, sa doctrine était celle des protestants qui parurent plus d’un siècle après lui, et de plus d’une société établie longtemps auparavant.

Sa doctrine fut réprimée par l’université d’Oxford, par les évêques et le clergé, mais non étouffée. Ses manuscrits, quoique mal digérés et obscurs, se répandirent par la seule curiosité qu’inspiraient le sujet de la querelle et la hardiesse de l’auteur, de qui les mœurs irrépréhensibles donnaient du poids à ses opinions. Ces ouvrages pénétrèrent en Bohême, pays naguère barbare, qui de l’ignorance la plus grossière commençait à passer à cette autre espèce d’ignorance qu’on appelait alors érudition.

L’empereur Charles IV, législateur de l’Allemagne et de la Bohême, avait fondé une université dans Prague, sur le modèle de celle de Paris. Déjà on y comptait, à ce qu’on dit, près de vingt