Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/128

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ils ne décident rien, et le roi les comble de bienfaits. On ne douta guère dans l’Europe que Louis n’eût commis ce crime, lui qui étant dauphin avait fait craindre un parricide à Charles VII, son père. L’histoire ne doit point l’en accuser sans preuves ; mais elle doit le plaindre d’avoir mérité qu’on l’en soupçonnât. Elle doit surtout observer que tout prince coupable d’un attentat avéré est coupable aussi des jugements téméraires qu’on porte sur toutes ses actions.

Telle est la conduite de Louis XI avec ses vassaux et ses proches. Voici celle qu’il tient avec ses voisins. Le roi d’Angleterre, Édouard IV, débarque en France pour tenter de rentrer dans les conquêtes de ses pères. Louis peut le combattre, mais il aime mieux être son tributaire (1475). Il gagne les principaux officiers anglais ; il fait des présents de vins à toute l’armée ; il achète le retour de cette armée en Angleterre. N’eût-il pas été plus digne d’un roi de France d’employer à se mettre en état de résister et de vaincre l’argent qu’il mit à séduire un prince très-mal affermi, qu’il craignait, et qu’il ne devait pas craindre ?

Les grandes âmes choisissent hardiment des favoris illustres et des ministres approuvés : Louis XI n’eut guère pour ses confidents et pour ses ministres que des hommes nés dans la fange, et dont le cœur était au-dessous de leur état.

Il y a peu de tyrans qui aient fait mourir plus de citoyens par les mains des bourreaux, et par des supplices plus recherchés. Les chroniques du temps comptent quatre mille sujets exécutés sous son règne en public ou en secret. Les cachots, les cages de fer, les chaînes dont on chargeait ses victimes, sont les monuments qu’a laissés ce monarque, et qu’on voit avec horreur.

Il est étonnant que le P. Daniel indique à peine le supplice de Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, descendant reconnu de Clovis. Les circonstances et l’appareil de sa mort (1477), le partage de ses dépouilles, les cachots où ses jeunes enfants furent enfermés jusqu’à la mort de Louis XI, sont de tristes et intéressants objets de la curiosité. On ne sait point précisément quel était le crime de ce prince. Il fut jugé par des commissaires, ce qui peut faire présumer qu’il n’était point coupable. Quelques historiens lui imputent vaguement d’avoir voulu se saisir de la personne du roi, et faire tuer le dauphin. Une telle accusation n’est pas croyable. Un petit prince ne pouvait guère, du pied des Pyrénées où il était réfugié, prendre prisonnier Louis XI en pleine paix, tout-puissant et absolu dans son royaume. L’idée de tuer le dauphin encore enfant, et de conserver le père, est encore une