Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/237

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Il y avait en Suède un primat, archevêque d’Upsal, et six évêques, qui avaient à peu près cette autorité que la plupart des ecclésiastiques avaient acquise en Allemagne et ailleurs. L’archevêque d’Upsal surtout était, ainsi que le primat de Pologne, la seconde personne du royaume. Quiconque est la seconde veut toujours être la première.

(1452) Il arriva que les États de Suède, lassés du joug danois, élurent pour leur roi, d’un commun consentement, le grand-maréchal Charles Canutson, d’une maison qui subsiste encore.

Non moins lassés du joug des évêques, ils ordonnèrent qu’on ferait une recherche des biens que l’Église avait envahis à la faveur des troubles. L’archevêque d’Upsal, nommé Jean de Salstad, assisté des six évêques de Suède et du clergé, excommunia le roi et le sénat dans une messe solennelle, déposa ses ornements sur l’autel, et, prenant une cuirasse et une épée, sortit de l’église en commençant la guerre civile. Les évêques la continuèrent pendant sept ans. Ce ne fut depuis qu’une anarchie sanglante et une guerre perpétuelle entre les Suédois, qui voulaient avoir un roi indépendant, et les Danois, qui étaient presque toujours les maîtres. Le clergé, tantôt armé pour la patrie, tantôt contre elle, excommuniait, combattait, et pillait. Il eût mieux valu pour la Suède d’être demeurée païenne que d’être devenue chrétienne à ce prix.

Enfin les Danois l’ayant emporté sous leur roi Jean, fils de Christiern Ier, les Suédois s’étant soumis et s’étant depuis soulevés, ce roi Jean fit rendre, par son sénat en Danemark, un arrêt contre le sénat de Suède, par lequel tous les sénateurs suédois étaient condamnés à perdre leur noblesse et leurs biens (1505). Ce qui est fort singulier, c’est qu’il fit confirmer cet arrêt par l’empereur Maximilien, et que cet empereur écrivit aux états de Suède « qu’ils eussent à obéir, qu’autrement il procéderait contre eux selon les lois de l’empire ». Je ne sais comment l’abbé de Vertot a oublié, dans ses Révolutions de Suède, un fait aussi important, soigneusement recueilli par Puffendorf.

Ce fait prouve que les empereurs allemands, ainsi que les papes, ont toujours prétendu une juridiction universelle. Il prouve encore que le roi danois voulait flatter Maximilien, dont, en effet, il obtint la fille pour son fils Christiern II. Voilà comme les droits s’établissent. La chancellerie de Maximilien écrivait aux Suédois, comme celle de Charlemagne eût écrit aux peuples de Bénévent ou de la Guienne. Mais il fallait avoir les armées et la puissance de Charlemagne.

Ce Christiern II, après la mort de son père, prit des mesures