Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/32

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nature a mêlé un peu de bien avec beaucoup de mal. Cette peste du xive siècle était semblable à celles qui dépeuplèrent la terre sous Justinien, et du temps d’Hippocrate. C’était dans la violence de ce fléau qu’Édouard et Philippe avaient combattu pour régner sur des mourants.

Après l’enchaînement de tant de calamités, après que les éléments et les fureurs des hommes ont ainsi conspiré pour désoler la terre, on s’étonne que l’Europe soit aujourd’hui si florissante. La seule ressource du genre humain était dans des villes que les grands souverains méprisaient. Le commerce et l’industrie de ces villes a réparé sourdement le mal que les princes faisaient avec tant de fracas. L’Angleterre, sous Édouard III, se dédommagea avec usure des trésors que lui coûtèrent les entreprises de son monarque : elle vendit ses laines ; Bruges les mit en œuvre. Les Flamands s’exerçaient aux manufactures ; les villes anséatiques formaient une république utile au monde, et les arts se soutenaient toujours dans les villes libres et commerçantes d’Italie. Ces arts ne demandent qu’à s’étendre et à croître, et après les grands orages ils se transplantent comme d’eux-mêmes dans les pays dévastés qui en ont besoin.

(1350) Philippe de Valois mourut dans ces circonstances, bien éloigné de porter au tombeau le beau titre de fortuné. Cependant il venait de réunir le Dauphiné à la France. Le dernier prince de ce pays, ayant perdu ses enfants, lassé des guerres qu’il avait soutenues contre la Savoie, donna le Dauphiné au roi de France, et se fit dominicain à Paris (1349). Cette province s’appelait Dauphiné, parce qu’un de ses souverains avait mis un dauphin dans ses armoiries. Elle faisait partie du royaume d’Arles, domaine de l’empire. Le roi de France devenait, par cette acquisition, feudataire de l’empereur Charles IV. Il est certain que les empereurs ont toujours réclamé leurs droits sur cette province jusqu’à Maximilien Ier. Les publicistes allemands prétendent encore qu’elle doit être une mouvance de l’empire. Les souverains du Dauphiné pensent autrement. Rien n’est plus vain que ces recherches ; il vaudrait autant faire valoir les droits des empereurs sur l’Égypte, parce que Auguste en était le maître.

Philippe de Valois ajouta encore à son domaine le Roussillon et la Cerdagne, en prêtant de l’argent au roi de Majorque, de la maison d’Aragon, qui lui donna ces provinces en nantissement ; provinces que Charles VIII rendit depuis sans être remboursé. Il acquit aussi Montpellier, qui est demeuré à la France. Il est surprenant que dans un règne si malheureux il ait pu acheter ces