Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/34

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assassiner le nouveau connétable don La Cerda, prince de la maison d’Espagne. Ce roi de Navarre, Charles, petit-fils de Louis Hutin, et roi de Navarre par sa mère, prince du sang du côté de son père, fut, ainsi que le roi Jean, un des fléaux de la France, et mérita bien le nom de Charles le Mauvais.

(1355) Le roi, ayant été forcé de lui pardonner en plein parlement, vient l’arrêter lui-même pour de moindres crimes, et, sans aucune forme de procès, fait trancher la tête à quatre seigneurs de ses amis. Des exécutions si cruelles étaient la suite d’un gouvernement faible. Il produisait des cabales, et ces cabales attiraient des vengeances atroces que suivait le repentir.

Jean, dès le commencement de son règne, avait augmenté l’altération de la monnaie, déjà altérée du temps de son père, et avait menacé de mort les officiers chargés de ce secret. Cet abus était l’effet et la preuve d’un temps très-malheureux. Les calamités et les abus produisent enfin les lois. La France fut quelque temps gouvernée comme l’Angleterre.

Les rois convoquaient les états généraux substitués aux anciens parlements de la nation. Ces états généraux étaient entièrement semblables aux parlements anglais, composés des nobles, des évêques, et des députés des villes ; et ce qu’on appelait le nouveau parlement sédentaire à Paris était à peu près ce que la cour du banc du roi était à Londres.

Le chancelier était le second officier de la couronne dans les deux États ; il portait, en Angleterre, la parole pour le roi dans les états généraux d’Angleterre, et avait inspection sur la cour du banc. Il en était de même en France ; et ce qui achève de montrer qu’on se conduisait alors à Paris et à Londres sur les mêmes principes[1], c’est que les états généraux de 1355 proposèrent et firent signer au roi Jean de France presque les mêmes règlements, presque la même charte qu’avait signée Jean d’Angleterre. Les subsides, la nature des subsides, leur durée, le prix des espèces, tout fut réglé par rassemblée. Le roi s’engagea à ne plus forcer les sujets de fournir des vivres à sa maison, à ne se servir de leurs voitures et de leurs lits qu’en payant, à ne jamais changer la monnaie, etc.

Ces états généraux de 1355, les plus mémorables qu’on ait jamais tenus, sont ceux dont nos histoires parlent le moins. Daniel dit seulement qu’ils furent tenus dans la salle du nouveau parlement ; il devait ajouter que le parlement, qui n’était point alors

  1. Voyez chapitres xxxviii et l.