Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/369

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fondée sur les progrès qu’on pouvait faire dans la navigation ; et la prophétie du Dante n’a réellement aucun rapport aux découvertes des Portugais et des Espagnols. Plus cette prophétie est claire, et moins elle est vraie. Ce n’est que par un hasard assez bizarre que le pôle austral et ces quatre étoiles se trouvent annoncés dans le Dante. Il ne parlait que dans un sens figuré : son poëme n’est qu’une allégorie perpétuelle. Ce pôle chez lui est le paradis terrestre ; ces quatre étoiles, qui n’étaient connues que des premiers hommes, sont les quatre vertus cardinales, qui ont disparu avec les temps d’innocence. Si on approfondissait ainsi la plupart des prédictions, dont tant de livres sont pleins, on trouverait qu’on n’a jamais rien prédit, et que la connaissance de l’avenir n’appartient qu’à Dieu. Mais si on avait eu besoin de cette prédiction du Dante pour établir quelque droit ou quelque opinion, comme on aurait fait valoir cette prophétie ! comme elle eût paru claire ! avec quel zèle on aurait opprimé ceux qui l’auraient expliquée raisonnablement !

On ne savait auparavant si l’aiguille aimantée serait dirigée vers le pôle antarctique en approchant de ce pôle. La direction fut constante vers le nord (1486). On poussa jusqu’à la pointe de l’Afrique, où le cap des Tempêtes causa plus d’effroi que celui de Boyador ; mais il donna l’espérance de trouver au delà de ce cap un chemin pour embrasser par la navigation le tour de l’Afrique, et de trafiquer aux Indes : dès lors il fut nommé le cap de Bonne Espérance, nom qui ne fut point trompeur. Bientôt le roi Emmanuel, héritier des nobles desseins de ses pères, envoya, malgré les remontrances de tout le Portugal, une petite flotte de quatre vaisseaux, sous la conduite de Vasco de Gama, dont le nom est devenu immortel par cette expédition.

Les Portugais ne firent alors aucun établissement à ce fameux cap, que les Hollandais ont rendu depuis une des plus délicieuses habitations de la terre, et où ils cultivent avec succès les productions des quatre parties du monde. Les naturels de ce pays ne ressemblent ni aux blancs, ni aux nègres ; tous de couleur d’olive foncée, tous ayant des crins. Les organes de la voix sont différents des nôtres ; ils forment un bégayement et un gloussement qu’il est impossible aux autres hommes d’imiter. Ces peuples n’étaient point anthropophages ; au contraire, leurs mœurs étaient douces et innocentes. Il est indubitable qu’ils n’avaient point poussé l’usage de la raison jusqu’à reconnaître un Être suprême. Ils étaient dans ce degré de stupidité qui admet une société informe, fondée sur les besoins communs. Le maître ès arts Pierre Kolb,