Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/407

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La première a été nommée mer du Nord, parce que nous sommes au nord ; la seconde, mer du Sud, parce que c’est au sud que les grandes Indes sont situées. On tenta donc, dès l’an 1513, de chercher par cette mer du Sud de nouveaux pays à soumettre.

Vers l’an 1527, deux simples aventuriers, Diego d’Almagro et Francisco Pizarro, qui même ne connaissaient pas leur père, et dont l’éducation avait été si abandonnée qu’ils ne savaient ni lire ni écrire, furent ceux par qui Charles-Quint acquit de nouvelles terres plus vastes et plus riches que le Mexique. D’abord ils reconnaissent trois cents lieues de côtes américaines en cinglant droit au midi ; bientôt ils entendent dire que vers la ligne équinoxiale et sous l’autre tropique il y a une contrée immense où l’or, l’argent, et les pierreries, sont plus communs que le bois et que le pays est gouverné par un roi aussi despotique que Montezuma : car dans tout l’univers le despotisme est le fruit de la richesse.

Du pays de Cusco et des environs du tropique du Capricorne jusqu’à la hauteur de l’île des Perles, qui est au sixième degré de latitude septentrionale, un seul roi étendait sa domination absolue dans l’espace de près de trente degrés. Il était d’une race de conquérants qu’on appelait Incas. Le premier de ces incas qui avait subjugué le pays, et qui lui imposa des lois, passait pour le fils du Soleil. Ainsi les peuples les plus policés de l’ancien monde et du nouveau se ressemblaient dans l’usage de déifier les hommes extraordinaires, soit conquérants, soit législateurs.

Garcilasso de La Vega, issu de ces incas, transporté à Madrid, écrivit leur histoire vers l’an 1608. Il était alors avancé en âge, et son père pouvait aisément avoir vu la révolution arrivée vers l’an 1530. Il ne pouvait, à la vérité, savoir avec certitude l’histoire détaillée de ses ancêtres. Aucun peuple de l’Amérique n’avait connu l’art de l’écriture ; semblables en ce point aux anciennes nations tartares, aux habitants de l’Afrique méridionale, à nos ancêtres les Celtes, aux peuples du Septentrion, aucune de ces nations n’eut rien qui tînt lieu de l’histoire. Les Péruviens transmettaient les principaux faits à la postérité par des nœuds qu’ils faisaient à des cordes ; mais en général les lois fondamentales, les points les plus essentiels de la religion, les grands exploits dégagés de détails, passent assez fidèlement de bouche en bouche. Ainsi Garcilasso pouvait être instruit de quelques principaux événements. C’est sur ces objets seuls qu’on peut l’en croire. Il assure que dans tout le Pérou on adorait le soleil, culte plus raisonnable qu’aucun autre dans un monde où la raison humaine n’était point perfectionnée. Pline, chez les Romains,