Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/419

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écriteau : « Pendus, non comme Espagnols, mais comme voleurs et maranes. » Déjà les peuples de l’Amérique voyaient leurs déprédateurs européans les venger en s’exterminant les uns les autres ; ils ont eu souvent cette consolation.

Après avoir pendu des Espagnols, il fallut, pour ne le pas être, évacuer la Floride, à laquelle les Français renoncèrent. C’était un pays meilleur encore que la Guiane ; mais les guerres affreuses de religion qui ruinaient alors les habitants de la France ne leur permettaient pas d’aller égorger et convertir des sauvages, ni de disputer de beaux pays aux Espagnols.

Déjà les Anglais se mettaient en possession des meilleures terres et des plus avantageusement situées qu’on puisse posséder dans l’Amérique septentrionale au delà de la Floride, quand deux ou trois marchands de Normandie, sur la légère espérance d’un petit commerce de pelleterie, équipèrent quelques vaisseaux, et établirent une colonie dans le Canada, pays couvert de neiges et de glaces huit mois de l’année, habité par des barbares, des ours, et des castors. Cette terre, découverte auparavant, dès l’an 1535, avait été abandonnée ; mais enfin, après plusieurs tentatives, mal appuyées par un gouvernement qui n’avait point de marine, une petite compagnie de marchands de Dieppe et de Saint-Malo fonda Québec, en 1608, c’est-à-dire bâtit quelques cabanes ; et ces cabanes ne sont devenues une ville que sous Louis XIV.

Cet établissement, celui de Louisbourg, et tous les autres dans cette nouvelle France, ont été toujours très-pauvres, tandis qu’il y a quinze mille carrosses dans la ville de Mexico, et davantage dans celle de Lima. Ces mauvais pays n’en ont pas moins été un sujet de guerre presque continuel, soit avec les naturels, soit avec les Anglais, qui, possesseurs des meilleurs territoires, ont voulu ravir celui des Français, pour être les seuls maîtres du commerce de cette partie boréale du monde.

Les peuples qu’on trouva dans le Canada n’étaient pas de la nature de ceux du Mexique, du Pérou, et du Brésil. Ils leur ressemblaient en ce qu’ils sont privés de poil comme eux, et qu’ils n’en ont qu’aux sourcils et à la tête[1]. Ils en diffèrent par la cou-

  1. Il est très-vraisemblable, comme nous l’avons déjà observé, que si ces peuples sont privés de poil c’est qu’ils l’arrachent dès qu’il commence à paraître. (K.) — Cette note a paru pour la première fois dans les éditions de Kehl, où l’on l’attribue à Voltaire, et longtemps je l’ai crue de lui. Si je la donne aux éditeurs de Kehl, c’est parce que ce sont eux qui ont fait l’observation qu’ils rappellent. (Voyez leur note sur le paragraphe viii de l’Introduction, page 26 du tome XI). Voltaire s’est d’ailleurs moqué de cette idée dans le chapitre xxxvi de son écrit des Singularités de la nature (voyez Mélanges, année 1768), et dans ses Questions sur l’Encyclopédie (fondues dans le Dictionnaire philosophique), au mot Barbe. (B.)