Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/421

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quèrent. Ils prirent toute l’Acadie : cela ne veut dire autre chose sinon qu’ils détruisirent des cabanes de pêcheurs.

Les Français n’avaient donc dans ces temps-là aucun établissement hors de France, et pas plus en Amérique qu’en Asie.

La compagnie de marchands qui s’était ruinée dans ces entreprises, espérant réparer ses pertes, pressa le cardinal de Richelieu de la comprendre dans le traité de Saint-Germain fait avec les Anglais. Ces peuples rendirent le peu qu’ils avaient envahi, dont ils ne faisaient alors aucun cas ; et ce peu devint ensuite la Nouvelle-France. Cette Nouvelle-France resta longtemps dans un état misérable ; la pêche de la morue rapporta quelques légers profits qui soutinrent la compagnie. Les Anglais, informés de ces petits profits, prirent encore l’Acadie.

Ils la rendirent encore au traité de Breda (1654). Enfin ils la prirent cinq fois, et s’en sont conservé la propriété par la paix d’Utrecht (1713), paix alors heureuse, qui est devenue depuis funeste à l’Europe : car nous verrons que les ministres qui firent ce traité, n’ayant pas déterminé les limites de l’Acadie, l’Angle- terre voulant les étendre, et la France les resserrer, ce coin de terre a été le sujet d’une guerre violente en 1755 entre ces deux nations rivales ; et cette guerre a produit celle de l’Allemagne, qui n’y avait aucun rapport. La complication des intérêts politiques est venue au point qu’un coup de canon tiré en Amérique peut être le signal de l’embrasement de l’Europe.

La petite île du cap Breton, où est Louisbourg, la rivière de Saint-Laurent, Québec, le Canada, demeurèrent donc à la France en 1713. Ces établissements servirent plus à entretenir la navigation et à former des matelots qu’ils ne rapportèrent de profits. Québec contenait environ sept mille habitants : les dépenses de la guerre pour conserver ces pays coûtaient plus qu’ils ne vaudront jamais ; et cependant elles paraissaient nécessaires.

On a compris dans la Nouvelle-France un pays immense qui touche d’un côté au Canada, de l’autre au Nouveau-Mexique, et dont les bornes vers le nord-ouest sont inconnues : on l’a nommé Mississipi, du nom du fleuve qui descend dans le golfe du Mexique ; et Louisiane, du nom de Louis XIV.

Cette étendue de terre était à la bienséance des Espagnols, qui, n’ayant que trop de domaines en Amérique, ont négligé cette possession, d’autant plus qu’ils n’y ont pas trouvé d’or. Quelques Français du Canada s’y transportèrent, en descendant par le pays et par la rivière des Illinois, et en essuyant toutes les fatigues et tous les dangers d’un tel voyage. C’est comme si on