Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/180

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santerie dans la régence du duc d’Orléans ; c’était le même esprit que du temps de la fronde, à la guerre civile près ; ce caractère de la nation, le régent l’avait fait renaître après la sévère tristesse des dernières années de Louis XIV.

Le cardinal Dubois, archevêque de Cambrai, mourut d’un ulcère dans l’urètre, suite de ses débauches. Il trouva un expédient pour n’être pas fatigué dans ses derniers moments par des pratiques de religion catholique, dont jamais ministre ne fit moins de cas que lui. Il prétexta qu’il y avait pour les cardinaux un cérémonial particulier, et qu’un cardinal ne recevait pas l’extrême-onction et le viatique comme un autre homme. Le curé de Versailles alla aux informations, et pendant ce temps Dubois mourut, le 10 auguste 1723. Nous rîmes de sa mort[1] comme de son ministère : tel était le goût des Français, accoutumés à rire de tout[2].

Le duc d’Orléans prit alors le titre de premier ministre parce que, le roi étant majeur, il n’y avait plus de régence ; mais il suivit bientôt son cardinal. C’était un prince à qui on ne pouvait reprocher que son goût ardent pour les plaisirs et pour les nouveautés[3].

De toute la race de Henri IV, Philippe d’Orléans fut celui qui lui ressembla le plus ; il en avait la valeur, la bonté, l’indulgence, la gaieté, la facilité, la franchise, avec un esprit plus cultivé. Sa physionomie, incomparablement plus gracieuse, était cependant celle de Henri IV. Il se plaisait quelquefois à mettre une fraise, et alors c’était Henri IV embelli.

Il avait alors un singulier projet, dont sa mort subite sauva la France. C’était de rappeler Lass, réfugié et oublié dans Venise, et de faire revivre son système, dont il comptait rectifier les abus, et augmenter les avantages. Rien ne put jamais le détacher de l’idée d’une banque générale chargée de payer toutes les dettes de l’État. L’exemple de Venise, de la Hollande, de l’Angleterre, lui

  1. Voyez ci-dessus, page 59.
  2. Le régent, en 1722, avait fait le cardinal Dubois premier ministre. Où le compilateur des Mémoires de Maintenon a-t-il pris que Louis XIV, ayant donné un petit bénéfice, en 1692, à cet abbé Dubois, alors obscur, avait dit de lui : « Il ne s’attache point aux femmes qu’il aime ; s’il boit, il ne s’enivre pas ; et s’il joue, il ne perd jamais ? » Voilà de singulières raisons pour donner un bénéfice. Peut-on faire parler ainsi Louis XIV ? et ce monarque jetait-il la vue sur l’abbé Dubois ? (Note de Voltaire, 1763.) D’ailleurs l’abbé Dubois n’était ni joueur ni buveur. (Id., 1768.)
  3. On lit dans la Henriade, chant VII, vers 443, (tome VIII) que le duc d’Orléans était

    Ardent, plein de génie,
    Trop ami des plaisirs, et trop des nouveautés.