Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/265

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n’en coûta au roi de Pologne, électeur de Saxe, qu’un million d’écus d’Allemagne, qu’il fallut donner au vainqueur avec les intérêts jusqu’au jour du payement.

(28 décembre 1745) Le roi de Prusse retourna dans Berlin jouir paisiblement du fruit de sa victoire : il fut reçu sous des arcs de triomphe ; le peuple jetait sur ses pas des branches de sapin, faute de mieux, en criant : Vive Frédéric le Grand ! Ce prince, heureux dans ses guerres et dans ses traités, ne s’appliqua plus qu’à faire fleurir les lois et les arts dans ses États ; et il passa tout d’un coup du tumulte de la guerre à une vie retirée et philosophique ; il s’adonna à la poésie, à l’éloquence, à l’histoire : tout cela était également dans son caractère. C’est en quoi il était beaucoup plus singulier que Charles XII. Il ne le regardait pas comme un grand homme, parce que Charles n’était que héros. On n’est entré ici dans aucun détail des victoires du roi de Prusse ; il les a écrites lui-même. C’était à César à faire ses commentaires.

Le roi de France, privé une seconde fois de cet important secours, n’en continua pas moins ses conquêtes. L’objet de la guerre était alors, du côté de la maison de France, de forcer la reine de Hongrie, par ses pertes en Flandre, à céder ce qu’elle disputait en Italie, et de contraindre les États-Généraux à rentrer au moins dans l’indifférence dont ils étaient sortis.

L’objet de la reine de Hongrie était de se dédommager sur la France de ce que le roi de Prusse lui avait ravi : ce projet, reconnu depuis impraticable par la cour d’Angleterre, était alors approuvé et embrassé par elle. Car il y a des temps où tout le monde s’aveugle. L’empire donné à François Ier fit espérer que les cercles se détermineraient à prendre les armes contre la France ; et il n’est rien que la cour de Vienne ne fît pour les y engager.

L’empire resta neutre constamment, comme toute l’Italie l’avait été dans le commencement de ce chaos de guerre ; mais les cœurs des Allemands étaient tous à Marie-Thérèse.