Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/276

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Le comte de Maillebois, fils du maréchal, osa proposer de se retirer en combattant : il se chargea de l’entreprise, la dirigea sous les yeux de son père, et en vint à bout. L’armée des trois couronnes passa tout entière, en un jour et une nuit, sur trois ponts, avec quatre mille mulets chargés, et mille chariots de vivres, et se forma le long du Tidone. Les mesures étaient si bien prises que le roi de Sardaigne et les Autrichiens ne purent l’attaquer que quand elle put se défendre. Les Français et les Espagnols soutinrent une bataille longue et opiniâtre, pendant laquelle ils ne furent point entamés.

Cette journée, plus estimée des juges de l’art qu’éclatante aux yeux du vulgaire, fut comptée pour une journée heureuse parce que l’on remplit l’objet proposé : cet objet était triste, c’était de se retirer par Tortone, et de laisser au pouvoir de l’ennemi Plaisance et tout le pays. En effet, le lendemain de cette étrange bataille Plaisance se rendit, et plus de trois mille malades y furent faits prisonniers de guerre.

De toute cette grande armée qui devait subjuguer l’Italie il ne resta enfin que seize mille hommes effectifs à Tortone. La même chose était arrivée du temps de Louis XIV, après la journée de Turin. François ier, Louis XII, Charles VIII, avaient essuyé les mêmes disgrâces. Grandes leçons toujours inutiles.

(17 auguste 1746) On se retira bientôt à Gavi, vers les confins des Génois. L’infant et le duc de Modène allèrent dans Gênes ; mais, au lieu de la rassurer, ils en augmentèrent les alarmes. Gênes était bloquée par les escadres anglaises. Il n’y avait pas de quoi nourrir le peu de cavalerie qui restait encore. Quarante mille Autrichiens et vingt mille Piémontais approchaient ; si l’on restait dans Gênes, on pouvait la défendre ; mais on abandonnait le comté de Nice, la Savoie, la Provence. Un nouveau général espagnol, le marquis de La Mina[1], était envoyé pour sauver les débris de l’armée. Les Génois le suppliaient de les défendre[2] ; mais ils ne purent rien obtenir[3].

  1. Ou de Las Minas, le même qui avait été envoyé à Versailles en 1730 comme ambassadeur extraordinaire, par le roi d’Espagne, pour faire la demande de Madame Élisabeth de France, au nom de l’infant don Philippe. Il ne faut pas le confondre avec un marquis de La Mina mort, le 31 janvier 1768, à Barcelone. (Cr.)
  2. Les trois mots : de les défendre, ne sont dans aucune édition ; ils sont ajoutés d’après l’exemplaire dont il est parlé dans l’Avertissement de Beuchot.
  3. Le successeur de Philippe, Ferdinand VI, changeant de politique, et montrant un égoïsme aussi brutal que sa belle-mère dans le sens opposé, avait rappelé en hâte l’armée espagnole, sans aucun souci de ce que deviendraient les Génois, objet de tant de ressentiments pour le concours qu’ils avaient prêté aux Espa-