Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/13

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On n’osa pas seulement proposer au parlement une acceptation si révoltante ; mais pour le rétablissement des jésuites, le roi crut devoir au pape cette condescendance.

Ils s’adressèrent, pour mieux réussir, à La Varenne, homme dont le métier n’avait pas été jusque-là de se mêler des affaires des moines. Il avait été en premier lieu cuisinier de la sœur du roi, et avait servi ensuite de courrier au frère auprès de toutes ses maîtresses. Ce nouvel emploi lui procura des richesses et du crédit ; les jésuites le gagnèrent. Il était gouverneur du château de la Flèche, appartenant au roi, et avait trouvé le moyen d’en faire une ville. Il voulait la rendre considérable par un collége de jésuites, et avait déjà proposé de leur donner un revenu qui se monta depuis à quatre-vingt mille francs, pour entretenir douze pauvres écoliers, et marier tous les ans douze filles. C’était beaucoup ; mais le plus grand point était de faire revenir les jésuites à Paris. Leur retour était difficile après le supplice du jésuite Guignard, et l’arrêt du parlement qui les avait chassés.

Le duc de Sully représenta au roi combien l’admission des jésuites était dangereuse ; mais Henri lui ferma la bouche en lui disant : « Ils seront bien plus dangereux encore si je les réduis au désespoir ; me répondez-vous, dit-il, de ma personne, et ne vaut-il pas mieux s’abandonner une fois à eux que d’avoir toujours à les craindre ? »

Rien n’est plus étonnant que ce discours ; on ne conçoit pas qu’un homme tel que Henri IV rappelât uniquement les jésuites par la crainte d’en être assassiné. Il est vrai que depuis le parricide de Jean Châtel, plusieurs moines avaient conspiré pour arracher la vie à ce bon prince. Un jacobin de la ville d’Avesnes s’était offert à le tuer il n’y avait que quatre ans. Il reçut de l’argent de Malvezzi, nonce du pape à Bruxelles ; il se présenta ensuite à un jésuite nommé Hodum, confesseur de sa mère, qui était fort dévote, et qui, ne croyant pas qu’en effet Henri IV fût bon catholique, encourageait son fils à suivre l’exemple du jacobin Jacques Clément[1]. Le jésuite Hodum répondit qu’il fallait un homme plus fort et plus robuste.

Cependant l’assassin, espérant que Dieu lui donnerait la force nécessaire, s’en alla à Paris dans l’intention d’exécuter son crime. Il fut découvert, et rompu vif en 1599.

Dans le même temps, un capucin[2] nommé Langlois, du diocèse

  1. 1599. (Note de Voltaire.)
  2. Voyez tome XII, pages 556-557.